furent bientôt effacés par l’immortel Reinhard Keiser, artiste sublime, qui, ayant vécu dans la solitude, et n’ayant, dit-on, jamais entendu de musique dramatique, trouva par une inspiration spontanée les accents pathétiques qu’il répandit en abondance dans son opéra de Basilius, représenté à Hambourg en 1694. Cent seize autres opéras furent écrits par cet homme de génie dans l’espace de quarante ans, et dans tous il fit paraître la richesse de son imagination. Le génie de Keiser a inspiré celui de Handel, autre grand artiste dont il sera bientôt parlé.
Dans le cours du dix-septième siècle, l’Angleterre eut quelques musiciens distingués dont la réputation aurait pu devenir européenne s’ils eussent appliqué leurs compositions à une langue plus connue des peuples du continent. Bird, Tallis et Morley, qui avaient été de grands artistes sous le règne d’Élisabeth, eurent pour successeurs le Dr. Bull, Batson, Amner, Ward, Pilkington et quelques autres qui ont laissé des madrigaux de leur composition sur des paroles anglaises. Ces morceaux ne se distinguent point par les qualités de l’invention ; mais on y trouve une harmonie assez pure et même quelquefois de l’élégance dans le mouvement des voix. Thomas Tomkins, élève de Bird, fut plutôt un contrapuntiste qu’un compositeur. Elway Bevin, homme de plus de génie, n’eut pas autant de savoir. Parmi les plus habiles musiciens qui vécurent en Angleterre jusque vers 1650, on remarque encore Orlando Gibbons, Ravenscroft, William Child, bon organiste, dont l’existence fut longue et laborieuse, John Barnard, Richard Deering, également distingué comme organiste et comme compositeur, et Batten. Les genres de musique que cultivèrent ces musiciens furent les antiennes pour l’église, les canons, les glees et les catches, airs à plusieurs voix dont le style appartenait à l’école anglaise.
Des espèces de ballets, semblables à ceux qu’on exécutait à la cour de France, furent aussi en vogue à Londres dans le dix-septième siècle. Tel était le goût des Anglais pour ce genre de spectacle, qu’il y eut plus de vingt théâtres dans la capitale de l’Angleterre, sous le règne de Jacques Ier, où l’on en représentait. Il ne reste rien qui mérite d’être conservé parmi toute la musique de ces masques (c’était le nom qu’on donnait aux pièces de ce genre). Les musiciens anglais n’ont jamais eu le génie de la composition dramatique.
Le protectorat de Cromwell fut peu favorable aux arts ; la musique, particulièrement, ne put faire beaucoup de progrès à cette époque triste et