entra dans la chapelle du roi de Pologne à Dresde, et y demeura pendant dix ans ; mais les malheurs de la guerre ayant obligé cette cour à réduire ses dépenses, Abel partit en 1758, et parcourut l’Allemagne, dans un état voisin de l’indigence. Enfin, l’année suivante, il se rendit en Angleterre, où il put tirer parti de ses talens. Le duc d’York devint son protecteur et le fit entrer dans la musique de la reine, avec deux cents livres sterling de traitement. Peu de temps après, il devint directeur de la chapelle de cette princesse. Son séjour à Londres dura sans interruption jusqu’en 1783 ; mais à cette époque, le désir de revoir son frère, Léopold-Auguste, directeur des concerts du duc de Schwerin, le ramena en Allemagne. Il se fit entendre à Berlin et à Ludwigslust, et, quoiqu’il eût alors soixante-quatre ans, il excita l’admiration générale par l’expression et la netteté de son jeu. Frédéric-Guillaume, alors prince royal de Prusse, lui fit présent d’une tabatière fort riche et de cent pièces d’or pour lui témoigner sa satisfaction. De retour en Angleterre, il y entreprit de donner des concerts publics, mais cette spéculation n’ayant pas réussi, le dérangement de ses affaires l’obligea à passer quelque temps à Paris ; il ne tarda point à retourner à Londres, où il mourut, le 22 juin 1787, à la suite d’une sorte de léthargie qui dura trois jours. Quoique d’un caractère irascible et brutal, il était bien reçu dans la société. Son principal défaut était la passion du vin, qui probablement abrégea ses jours.
Les Anglais font maintenant peu de cas des compositions d’Abel ; cependant elles se distinguent par un chant pur et une harmonie assez correcte. Elles consistent en dix-sept œuvres, publiés à Londres, à Paris, à Berlin, etc., savoir : 1° six ouvertures à huit parties, op. un ; 2° six sonates pour clavecin, avec acc. de violon, op. deux ; 3° six trios pour deux violons ou flûte, violon et basse, op. trois ; 4° six ouvertures à huit parties, op. quatre ; 5° six sonates pour clavecin, avec acc., op. cinq ; 6° six solos pour flûte et basse, op. six ; 7° six ouvertures à huit parties, op. sept ; 8° six quartetti, pour deux v., alto et b., op. huit ; 9° six trios pour violon, violonc. et b., op. neuf ; 10° six ouvertures à huit parties, op. dix ; 11° six concertos pour clavecin avec acc. de deux violons et basse, op. onze ; 12° six quartetti pour deux violons, alto et basse, op. douze ; 13° six sonates pour clav. avec acc. de v., op. treize ; 14° six ouvertures à huit parties, op. quatorze ; 15° six quart., pour deux v., alto et b., op. quinze. On a aussi gravé comme œuvre quinzième, des sonates pour le clavecin. 16° six trios pour deux v. et b., op. seize ; 17° six ouvertures à quatre parties, op. dix-sept. Presque tous ces ouvrages ont été arrangés pour divers instrumens. Abel a écrit quelques morceaux pour l’opéra anglais Love in a village, représenté à Londres en 1760, et pour Bérénice, 1764. M. Jean-Baptiste Cramer est le meilleur élève d’Abel.
ABELA (charles), chantre et professeur de chant à Halle, actuellement vivant (1834). On a de lui plusieurs recueils de chansons à deux, trois et quatre voix, à l’usage des écoles populaires.
ABELL (jean), musicien anglais, possédait une fort belle voix de ténor, et fut attaché à la chapelle de Charles II, roi d’Angleterre. Ce prince admirait son talent dans le chant, et avait conçu le projet de l’envoyer, avec le sous-doyen de sa chapelle Gostling, au carnaval de Venise, pour montrer aux Italiens qu’il y avait de belles voix en Angleterre ; mais ce voyage n’eut point lieu. Lors de la révolution de 1688, Abell fut exilé d’Angleterre comme papiste. Il se mit à voyager et à donner des concerts. Mattheson assure (in Wollkomm. Capellmeister) qu’il chanta avec beaucoup de succès en Hollande et à Hambourg. Il ajoute qu’Abell possédait un secret par lequel il conserva la beauté de sa voix jusque dans l’âge le plus avancé. Abell était aussi un luthiste fort distingué. Partout il recevait de magnifiques présens ;