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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/91

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

guerrier se jeta sur ses armes ; il se disposait à charger les convives lorsque l’artiste le calma par un autre genre de musique.

Rien, ce me semble, ne peut mieux faire comprendre la haute opinion des Grecs en faveur de la puissance de la musique, qu’un passage de Polybe relatif à la destruction de la ville de Cynaïthe par les Étoliens, pour les punir de leur férocité. Assurément, il n’est rien de moins poétique que le génie de cet historien, et personne ne sera tenté de l’accuser d’avoir voulu donner un intérêt romanesque aux événemens qu’il rapporte. Écrivain grave et sévère, il dit avec simplicité ce qu’il sait et des événemens et des causes qui les ont fait naître. Je crois devoir donner ici la traduction du passage dont il s’agit :

« Si nous considérons l’estime dont les Arcadiens jouissent parmi les Grecs, non seulement par la douceur de leurs mœurs, leurs inclinations bienfaisantes, et leur humanité pour les étrangers, mais encore pour leur piété envers les Dieux, il ne sera peut-être pas inutile d’examiner en peu de mots, à propos de la férocité des Cynaïthiens, comment il est possible, qu’étant incontestablement Arcadiens d’origine, ils se soient rendus si différens des autres Grecs de ce temps-là, par leur cruauté et par leurs crimes. Je crois que c’est pour avoir été les seuls, parmi les Arcadiens, qui se sont écartés des louables institutions de leurs ancêtres, fondées sur la nécessité de la musique pour tous ceux qui habitent l’Arcadie.
« L’étude de la musique est utile à tout le monde : aux Arcadiens elle est impérieusement nécessaire. Car on ne doit point adopter l’opinion d’Éphore qui, au commencement de ses écrits, avance cette assertion indigne de lui, que la musique ne s’est introduite parmi les hommes que pour les tromper, et pour les séduire par une sorte de magie. Il ne faut pas non plus se persuader que ce soit sans raison que les anciens peuples de Crète et de Lacédémone ont préféré l’usage de la musique rhythmique de la flûte à celui de la trompette, ni que les Arcadiens, bien que très austères dans leurs mœurs, y ont donné, lors de la fondation de leur république, une si grande importance à la musique, que non seulement ils enseignent cet art aux enfans, mais qu’ils contraignent même les jeunes gens de s’y appliquer jusqu’à l’âge de trente ans[1] ».

Plus loin, Polybe dit encore : « Nous avons rapporté toutes ces choses, premièrement afin qu’aucune ville ne s’avise de blâmer les coutumes des

  1. Polyb. Hist. Lib. 4.