Arcadiens, ou que quelqu’un des peuples de l’Arcadie, sur la fausse opinion que la musique n’est parmi eux qu’un amusement frivole, ne vienne à négliger cette partie de leurs institutions. En second lieu, pour engager les Cynaïthiens à donner la préférence à la musique, si jamais les Dieux leur inspirent le désir de s’appliquer aux arts qui rendent les peuples meilleurs ; car c’est le seul moyen qu’ils aient pour se dépouiller de leur ancienne férocité[1]. »
Les antagonistes des érudits, par prévention ou par ignorance de la musique des Grecs, ont trouvé plus facile de nier les faits qui viennent d’être rapportés que d’en expliquer le sens à leurs adversaires : mais nier n’est pas répondre. C’était aux Grecs que s’adressaient les écrivains de qui nous tenons ces anecdotes ; aux Grecs qui pouvaient juger par eux-mêmes de la puissance des effets de leur musique, et conséquemment à qui l’on n’aurait pu en imposer. Il me semble que cette seule observation est de nature à dissiper tous les doutes à cet égard, et que la réalité des effets obtenus par les artistes de la Grèce ne saurait être attaquée par de solides argumens. Au lieu d’entrer dans une oiseuse contestation, cherchons donc en quoi consistait un art évidemment très différent de celui qui est à notre usage, et dont la puissance sur les masses était peut-être moins limitée.
De telles recherches, il est vrai, sont entourées de difficultés fort épineuses ; au premier aspect on serait tenté de les croire insurmontables ; mais, pour en triompher, il suffit d’en poser les diverses questions avec clarté, et de faire voir que les erreurs de tous ceux qui les ont agitées sont venues de ce qu’ils n’ont pas eu ce soin.
Et d’abord, je ferai remarquer que, par un hasard fâcheux, aucun des traités de musique écrits par des artistes grecs n’est parvenu jusqu’à nous. Nous ne possédons rien, ou du moins presque rien de relatif à la pratique de cet art ; les ouvrages que nous avons sont théoriques ou plutôt dogmatiques : ils sont dus à des philosophes, des grammairiens ou des mathématiciens, par un seul à un musicien de profession ; ce qui est sans doute un obstacle considérable à ce que nous acquérions une connaissance positive de la musique grecque. Les hommes de génie qui ont inventé ou perfectionné les diverses parties de la musique grecque n’ont point écrit sur cet art, et paraissent même avoir livré souvent leurs compositions aux traditions populaires au
- ↑ Polyb. Hist. Lib. 4.