part que les Grecs n’avaient aucune idée de ce que nous appelons les principes du dessin : un peintre présentait à son élève des couleurs, des pinceaux, et lui mettait sous les yeux un vase, une fleur, un enfant ; dès la première leçon, il fallait imiter ce qu’on voyait sous le rapport de la forme et de la couleur. Un sculpteur en usait de même. C’est peut-être à cette habitude de voir la nature et d’en chercher l’imitation dès les premiers essais, qu’il faut attribuer cette douce mollesse, cet abandon qu’on remarque dans les statues des anciens, et qui est si rare parmi les ouvrages de nos sculpteurs.
Nul doute que ce ne soit à l’enseignement par la méthode pratique et traditionnelle en usage parmi les Grecs, que nous devons attribuer le silence gardé par leurs écrivains sur les parties de la musique que nous considérons comme les plus importantes, au moins sous le rapport des effets de l’art. Dans leurs ouvrages, tout est spéculatif ou historique. Ce que nous y apprenons de plus utile est relatif à la construction de l’échelle des sons, au système de tonalité et à la notation. Mais avant d’entrer dans quelques détails concernant ces auteurs et leurs écrits, il est bon que je dise quelque chose de l’histoire sommaire de l’art.
J’ai dit que tous les peuples anciens donnent à la musique une origine céleste, et que chacun d’eux a fait honneur de son invention à ses dieux. Les Grecs, avec leur sensuelle théogonie, ne pouvaient manquer de faire intervenir l’Olympe dans la création d’un art qui faisait leurs délices, et même de donner à ses divinités les petites passions des artistes. Minerve invente la flûte simple ; elle en joue devant Junon et Vénus, qui se moquent des efforts qu’elle fait pour souffler dans cet instrument. Piquée de ces railleries,
expérience ou cet usage qui conduit à l’intelligence de la belle modulation et du rhythme ; par dessus tout cela, la science rhythmique et l’harmonique ; la théorie concernant le jeu des instrumens, la diction et les autres parties de la musique, s’il y en a quelques unes de plus. »
Burette a fait des remarques très sensées sur ce passage, et nous apprend que de son temps les maîtres de musique français suivaient la méthode des Grecs, qui consistait à enseigner de routine (ἓμπειρία) à jouer de quelque instrument que ce fût, en mettant aux élèves les doigts sur les cordes, sur les trous ou sur les touches qui devaient rendre les sons de chaque note, ce qui s’appelait montrer à jouer des instrumens à la main ; puis on apprenait à lire la musique en jouant des mêmes instrumens ; ce complément de l’éducation musicale s’appelait jouer par tablature. Le maître arrivait à ce dernier résultat en jouant avec son élève, et en l’obligeant à l’imiter note pour note, ou, comme disaient les Grecs, corde pour corde (πρόχορδα). Voyez la note 245 de Burette sar le dialogue de Plutarque.