la déesse se regarde dans le cristal d’une fontaine pendant qu’elle embouche sa flûte ; elle y remarque la bouffissure de ses joues, et, de dépit, jette loin d’elle l’instrument qui trouble la régularité des traits de son visage. Le dieu des jardins, Pan, est à la poursuite de Syringe, qui se soustrait par la fuite à ses entreprises amoureuses. La nymphe arrive sur les bords du fleuve Ladon ; arrêtée dans sa course, elle implore le secours des Naïades qui la changent en roseaux. Pan, au désespoir, coupe ces roseaux d’inégales longueurs, et en fait la flûte connue sous son nom, ou sous celui de sa maîtresse. Ainsi que dans la fable égyptienne, le Mercure grec invente la lyre à trois cordes ; il la donne à Apollon qui la perfectionne et qui s’en sert pour accompagner sa voix divine. Les mêmes fables nous montrent Apollon vain de son savoir en musique comme aurait pu l’être un simple mortel, et rempli d’un amour propre irritable qui lui fit faire un acte d’horrible cruauté. Hyagnis, poète-musicien qui, suivant la chronique de Paros, vivait à Célènes, ville de Phrygie, 1506 ans avant l’ère chrétienne[1], avait inventé le mode phrygien, la flûte propre à jouer dans ce mode, et avait composé des nomes ou airs sacrés en l’honneur de la mère des dieux. Plutarque[2] dit que Hyagnis fut le plus ancien joueur de flûte ; d’autres auteurs prétendent que ce fut son fils Marsyas[3] qui, le premier, joua de cet instrument, et qu’ayant trouvé la flûte de Minerve, il apprit à s’en servir avec une habileté qui fut la cause de sa mort. Ayant rencontré Apollon à Nyse, séjour de Bacchus, il osa le défier à un concours de la flûte contre la lyre ; vaincu par le dieu, celui-ci le fit écorcher vif. Hérodote dit que, de son temps, on voyait encore dans un temple la peau du pauvre Marsyas : de tout temps les peuples ont aimé les reliques et n’en ont pas manqué.
Si nous sortons des fictions de la fable, nous trouvons qu’Olympe fut le premier musicien qui enseigna aux Grecs à jouer des instrumens à cordes. Il était de Mysie, et paraît avoir donné son nom à la montagne célèbre de ce pays. Non moins habile sur la flûte que sur la lyre, il avait appris de Marsyas à jouer de cet instrument. Aristote et Platon ont fait de pompeux éloges de ce musicien ; le philosophe de Stagyre assure que, de l’aveu de tout le monde, les airs d’Olympe excitaient dans l’âme des mouvemens d’enthousiasme. Ces