héraut publier à haute voix : Timothée de Milet a vaincu le fils de Cabon[1], ce joueur de cithare dans le goût ionien[2]. »
Ces vers qui n’ont, au premier abord, qu’un intérêt médiocre, nous fournissent pourtant une indication de haute importance, en nous apprenant que Phrynis était un joueur de cithare dans le goût ionien. La position d’une partie des îles de l’Ionie avait fait naître entre elles et l’Orient des communications fréquentes, et y avait fait pénétrer le goût des ornemens multipliés qui distingue toute musique orientale, ainsi que les divisions de l’échelle musicale par des intervalles très petits. De là vient que tous les écrivains de l’ancienne Grèce parlent toujours de la musique ionienne comme d’une musique efféminée et chargée de fredons. Les érudits qui ont traduit ou commenté ces auteurs dans les temps modernes n’ont rien compris à tout cela, parce qu’ils ne connaissaient point la musique orientale. Avec ce que nous savons de cette musique, il n’y a plus rien d’obscur dans les passages des auteurs grecs qui concernent Phrynis et Timothée. Voici quelques-uns de ces passages :
Aristophane, dans sa comédie des Nuées, fait ainsi parler la Justice sur l’éducation des jeunes gens : « Ils allaient ensemble chez le joueur de cithare…, où ils apprenaient à chanter l’hymne de la redoutable Pallas, ou quelque autre cantique, entonnant les sons conformément à l’harmonie (l’arrangement des sons) qu’ils tenaient de leurs ancêtres. Si quelqu’un d’entre eux s’avisait de chanter d’une manière bouffonne, ou de mêler dans son chant quelque inflexion de voix semblable à celles qui règnent aujourd’hui dans les airs de Phrynis, on le châtiait sévèrement[3]. »
Plutarque nous a conservé des vers d’une comédie de Phérécrate, où il fait parler la Musique en ces termes : « Mais, Phrynis, par l’abus de je ne sais quels roulemens qui lui sont particuliers, et voulant trouver dans le nombre de sept cordes douze harmonies différentes, m’a totalement corrompue[4]. » Plus loin, la Musique ajoute : « Mais il fallait un Timothée, ma chère, pour me mettre au tombeau, après m’avoir honteusement déchirée. — Quel est donc ce Timothée ? — C’est ce roux, ce Milésien qui, par mille outrages