Page:Féval - Le Fils du diable - Tomes 1-2.djvu/437

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affaires sortant du programme d’une maison de banque, à des capitalistes, à de nobles personnages dont on voulait faire des actionnaires.

À l’heure des réceptions, personne n’y entrait sans avoir été annoncé à l’avance, et quand les réceptions étaient finies, la porte, sévèrement défendue, devenait aussi infranchissable que celle d’une forteresse.

Les trois associés devaient donc se croire à l’abri de toute surprise. L’arrivée d’un étranger en ce moment était pour eux un véritable coup de théâtre.

Une maison comme la leur, si mortelle que soit la maladie qui la ronge, reste bien longtemps debout sur les fortes bases de son vieux crédit, et peut agoniser durant des années, en gardant tous les signes extérieurs de l’opulence.

Ce qui est terrible et fatal, c’est un symptôme de détresse aperçu au dehors. Tant que le monde n’est point éveillé, il semble impossible ; le colosse commercial vit et marche, et semble à tous plein de vigueur. Tant que son mal secret ne lui a point arraché une plainte, il se dresse, soutenu par un faisceau de confiances aveugles, et soutenu encore par les haines envieuses qui témoignent de sa force, en se liguant dans l’ombre contre lui…

La veille d’une faillite, telle maison reçoit encore des millions ; jamais le flux de l’or ne monta si haut dans sa caisse ; on croit en elle, on l’exalte, on la proclame inébranlable à l’heure même où l’édifice entier chancelle sur ses fondements dégradés.

Le lendemain, la foudre est tombée. Il n’y a plus rien que des ruines, — et un homme qui fuit au grand galop de ses chevaux de poste…

Au contraire, telle autre maison, solide et vigoureusement constituée, arrête tout à coup son essor. Vous la voyez languir sous le poids d’une sorte de malédiction ; les chalands s’éloignent d’elle, comme si l’on gagnait la peste dans ses bureaux déserts. C’est qu’un bruit a couru, timide d’abord et rasant le sol, comme la calomnie de Beaumarchais, un bruit, moins qu’un bruit, un murmure…

Il n’en faut pas davantage. Les poëtes comparent la réputation d’une jeune fille à la corolle blanche d’un lis, que ternit le moindre contact, à cette poussière brillante et fugitive de l’aile des papillons que le moindre