Page:Féval - Les Habits noirs, 1863, Tome II.djvu/69

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l’Habit-Noir lui apparaissait au-dessus de toutes ces brumes. Il voyait un acte dans la cave, située sous les ruines du couvent. La comédienne avait-elle un rôle par la suite : tout dépendait de là !

Mais, morbleu ! à quoi bon s’embarrasser de ces prolégomènes ? La seule affaire Maynotte, sortant ainsi de ces dramatiques fourrés, promettait trois ou quatre douzaines de tableaux à choisir.

M. Bruneau poursuivit :

« Je tiens à vous dire, de peur de l’oublier, qu’un homme fut pendu, à Londres, pour le meurtre de John Mason. Une tête roula dans le panier pour la disparition du banquier juif de Berlin. Le mort de Vienne et le mort de Saint-Pétersbourg furent vengés par l’échafaud. L’Habit-Noir et la loi restèrent quittes. Les bons comptes font les bons amis.

Cet André Maynotte était orphelin de père et de mère. Ni son ambition, ni son intelligence peut-être n’allaient au delà de son état, mais la vue de Giovanna lui fit une autre âme. Il conçut ce que pouvaient être les joies du ciel. Il aima.

Tant mieux et tant pis pour vous, mes jeunes maîtres, si ce mot vous dit tout…

— Votre voix tremble en le prononçant, murmura Maurice avec un intérêt profond.

— C’est que mon cœur saigne, répondit le Normand, reprenant son calme à l’aide d’un violent effort. Quel homme n’a un souvenir ? J’ai souffert… André Maynotte déserta son atelier ; il courait après son cœur qui avait fui hors de sa poitrine. Il passait les jours et les nuits à rôder autour de ces sombres murailles qui le séparaient de son bien-aimé trésor.

— Et Giovanna-Maria savait cela ?

— Elles savent tout celles qui sont aimées !