Page:Féval - Les Habits noirs, 1863, Tome II.djvu/70

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Le soir même où mourait la mère de Giovanna, Toulonnais-L’Amitié avait fait dessein de l’enlever. André ignorait ce complot, mais il avait bien de l’angoisse. Au lieu de rentrer dans sa demeure, il errait en rêvant sur la lisière des bois de myrtes. La nuit était venue et déjà tous les bruits se taisaient. Tout à coup un pas léger sonna sur la poussière du sentier et André entendit une voix d’enfant qui l’appelait par son nom.

« Par ici, mignonne, » dit André ; car il avait reconnu dans l’ombre Fanchette, la petite-fille du Père-à-Tous.

Une étrange créature qui était tout le cœur de son aïeul et dont ceux du pays disaient qu’elle serait plus riche qu’une reine.

L’enfant bondit sous le couvert et vint se jeter essoufflée entre les jambes d’André.

« La nuit ne me fait pas peur, dit-elle ; mais le secrétaire de mon bon papa est un bandit. S’il m’a suivie, il me tuera ! »

Elle fit un signe qui commandait le silence et prêta l’oreille. Tout était muet aux alentours, André demanda :

« Pourquoi Toulonnais te suivait-il, fillette ?

— Parce que la Giovanna m’a envoyée vers toi.

— La Giovanna ! » murmura André dont les jambes faiblirent sous le poids de son corps.

C’était un grand amour qu’il avait dans l’âme.

« Te voilà qui trembles, dit l’enfant, comme elle tremblait quand elle a parlé de toi. Mais, écoute : Toulonnais-L’Amitié est un bandit ; je le déteste ; il fait peur à mon père et à ma mère, quoiqu’ils soient les enfants du Maître. Ce soir, il rôdait au château, dans le corridor qui conduit à la chambre de la morte. As-