Page:F.Douglass, Vie de Frédéric Douglass esclave Américain, 1848.djvu/168

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gagner les gages les plus élevés que l’on donnât aux calfats les plus expérimentés. Je devins alors d’un certain prix aux yeux de mon maître, car je lui gagnais de six à sept dollars par semaine et quelquefois neuf ; j’avais par jour un dollar et demi. Lorsque j’eus appris à calfater, il fut convenu que je chercherais moi-même de l’emploi, que je ferais mes propres contrats avec ceux qui me donneraient de l’ouvrage, et que je recevrais moi-même l’argent que j’aurais gagné. Ce nouvel état produisit une amélioration sensible dans ma position, qui devint beaucoup plus agréable. Lorsque je n’avais pas à calfater, je ne faisais rien du tout. Pendant ces moments de loisir, mes vieilles idées de liberté me revenaient à l’esprit. Lorsque j’étais au service de M. Gardner, on me tenait dans un tel état d’agitation continuelle, que je ne pouvais guère penser qu’à la conservation de ma vie ; il en résultait que j’oubliais presque ma liberté. J’ai remarqué le fait suivant dans l’expérience que j’ai faite de l’esclavage, que toute amélioration de mon sort, au lieu d’augmenter mon contentement, ne servait qu’à accroître mon désir d’être libre, et à me faire songer aux moyens de parvenir à l’indépendance. J’ai reconnu que pour rendre un esclave content, il faut l’empêcher de penser, obscurcir ses facultés mo-