Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/111

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE FEU DES ROUSSI. 103 d’une de ces jolies collines, qui traversent le village de Sainte-Anne, ils auraient aperçu le cabrouet de Cyprien, dételé et remisé sous le hangard. Ce jour-là, bayant aux corneilles, fatigué de courir la pretentaine et de fainéantiser, Cyprien, avait appris, l’arrivée de Marie la couturière. Marie la couturière, était une grande brune, ni belle ni laide, qui avec l’œuvre de ses dix doigts, gagnait un fort joli salaire à la ville, où elle s’était tait une réputation de modiste. Elle était venue prendre quelques jours de repos, chez l’oncle Cou¬ ture, et comme le petit Cyprien, s’était levé ce matin-là, avec l’idée fixe d’aller lui conter fleurette, il avait attelé, après le dîner, et s’en était venu bon train, superbement endimanché, pipe virege sous la dent, mettre le feu dessus et faire un brin de jasette. Le père Couture était un vieux rusé, qui, lui aussi, avait fait son temps de jeunesse. Aussi, vit-il, d’un très-mauvais œil le vert galant, arrêter sa jument devant la porte, la faire coquettement se cabrer, puis s’élancer lestement sur les marches du perron, tout en faisant claquer savamment, son fouet. Mais, sa nièce Marie, lui avait montré une si jolie rangée de dents, elle l’avait appelé : — Mon oncle ! avec une intonation si particulière, qu’il se prit à chasser cette mauvaise humeur, comme on chasse une mauvaise pensée et sans savoir ni pourquoi, ni