Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/114

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io6 A LA BRUNANTE. — Ne craignez rien pour moi, Cyprien, et vos facéties ne m'empêcheront pas d'aller jusqu'au bout, car je veux vous sermonner tout à mon aise. Vous le méritez et vous m'écouterez, je le veux ! Elle fît une moue toute enfantine, et Cyprien, étonné de se trouver si solidement empoigné par ces griffes roses, se prit à se balancer sur sa chaise, tout en se taisant courageusement. Marie reprit doucement. — Vous disiez tout à l'heure, Cyprien, que vous regrettiez de ne pouvoir pas demeurer à la ville ; on y mène si joyeuse vie, pensiez-vous ! Eh bien ! voulez- vous savoir ce que c'est que la vie à Québec ; écoutez- moi bien alors. — Ça y est, belle Marie ; j'emprunte les longues oreilles du bedeau, et j'écoute votre aimable instruc¬ tion. — Aimable, non, franche, oui. Regardez-moi bien en face, Cyprien; je ne suis qu'une pauvre fille, qui a fait un bout de couvent, mais qui, restée orphe¬ line à mi-chemin, a su apprendre et comprendre bien des choses que la misère enseigne mieux que les Ursulines. Livrée seule à moi-même, j’ai cru que le travail était la sauve-garde de tout, et je ne me suis pas trompée. J’ai travaillé, et en travaillant, j'ai vu et j'ai retenu ce que le paresseux ne voit pas et le riche ne sent pas. J’ai vu de pauvres compagnes d'atelier, faibles et confiantes, tomber et se relever les mains pleines de