Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/140

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132 A LA BRUNANTE. — Mais c’est vous, capitaine Fraser, qui prenez vos aises, en parlant d’un pays que vous et les vôtres avez dévasté, pillé, incendié ; puis, en fin de compte, acheté et soldé. Dieu merci, vous ne nous avez pas conquis ; car il y avait de bonnes lames ici, ajouta M. de Lacorne, en frappant distraitement sur sa jambe gauche, croyant y rencontrer encore le fourreau de sa fidèle épée d’autrefois. — Heureusement que je la connais, celle-là ; et je parierais que c’est encore le nom de ce pauvre capi¬ taine de Vergor qui va revenir sur le tapis. Voyons, chevalier, de grâce, calmez-vous ! Nous ne sommes pas aussi ogres que vous le croyez envers vos com¬ patriotes, et tenez, je veux bien vous faire une confi¬ dence. Moi qui vous parle en ce moment, j’ai fait une chose qui ne m’est arrivée de ma vie ; j’ai avancé sur crédit, et cela à un Canadien-Français ! — Pardine la belle affaire ! nous prenez-vous pour des escrocs de New-Market ; Dieu merci, nous payons nos dettes, nous ; le pays tout entier dût-il y passer. — Vous serez toujours intraitable, chevalier, et pourtant, il va falloir m’écouter, car je me suis* mis en tête de vous raconter mon histoire. Et il se prit alors à dire à M. de Lacorne ce qu’il avait fait pour le pauvre Martial Dubé. A mesure que mon grand oncle parlait, le chevalier laissait échapper de nombreuses marques d’assentiment ; puis, quand il eut terminé son récit, il essuya furtivement une larme, et dit en se levant brusquement ;