Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/153

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MON AMI JEAN. 145 Mais hélas ! Jean a fait comme le sculpteur Jacques ! Il s’en est allé, et maintenant, il me faut avoir le courage d’écrire de ces choses, comme lui seul savait les déterrer et les faire remonter du fond de son triste cœur tout creusé par les chagrins de la vie. Nous étions compagnons d’enfance, Jean et moi : même âge, mêmes goûts, mêmes joies, mêmes peines. Nous vivions porte à porte, et il ne se passait pas un seul jour de plaisir ou de contrariété, sans que l’un courût le faire partager à l’autre. C’était le même cœur qui battait sous deux poitrines différentes ; et nos mères avaient pris l’habitude de nous appeler les frères siamois. Parmi nos compagnons de jeux se trouvaient deux petites compagnes, toutes deux sœurs, fort mignonnes et bien gentilles, l’une blonde,^l’autre brune. Jean soignait la blonde; moi, j’avais un faible pour la brune ; et les jours de congé, c’était à qui lutte¬ rait de galanterie pour se rendre plus aimable l’un que l’autre. Lui, il façonnait de petits morceaux de bois en svelte et gracieuse chaloupe. Un bout de ruban rose faisait la voile ; quatre brins de soie représen¬ taient les cordages ; un beau manche de plume en ivoire remplaçait le mât, et parmi les cris d’admira¬ tion de nos deux petites fées nous livrions au vent la frêle nacelle.