Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/194

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186 A LA BRUNANTE. Ce qui fut ordonné fut fait. Pendant six longues semaines le père Paradis, enchaîné comme un coupe-jarret, ne vit ni ciel ni jour, comme dit la chanson. De temps à autre, le geôlier, en lui jetant sa pitance, lui donnait par-ci par-là quelques nouvelles. C’est ainsi qu’il apprit comment Walker s’était fiancé à miss Routh. Le soir même du bal chez la reine Anne, un lord quelconque (i) lui avait remis son brevet d’amiral, avec ordre de partir la nuit même pour Boston. De grand matin, le nouveau comman¬ dant s’était rendu au port d’embarquement, et là, pour éviter les soupçons, il avait mis sa fiancée à bord du Léopard, bien décidé à se marier devant tout 1*état-major de son escadre le jour où la prise de Québec aurait fait tomber tout le Canada sous la do¬ mination anglaise. Devant le beau Walker, la colère royale aurait- elle pu résister plus longtemps que la citadelle de Vaudreuil ? Mais, hélas ! le bras de fer du vieux Paradis avait éparpillé tous ces rêves, et maintenant la fiancée de l’amiral dormait dans les sables de la côte du Labrador, en face de l’Ile aux Œufs, ayant trois mille cadavres anglais pour monter la garde autour de son cercueil virginal. Tout avait été perdu dans la catastrophe, et les quelques bâtiments chargés de blessés et de survi¬ vants, n’avaient pu même remporter le lourd trésor (1) M. 8t. John, plus tard vicomte BoUngbrook.