Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/200

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192 A LA BRUNANTE. hareng-saur lorsqu’il change de propriétaire, et j’étais perdu au milieu des émotions de la vente lors¬ que je sentis une rude main s’appuyer sur mon épaule. C’était maître Jacques que j’avais connu à Natas- qouan. En vrai marin qu’il était, il me donna une poignée de main à me broyer les os ; puis, faisant un signe tout particulier qui consistait à lever le coude et à cligner de l’œil, il me dit en sourdine : — Je suis content de vous rencontrer, descendons ensemble à la goélette qui est amarrée là, au bout du quai: nous prendrons une larme, et vous me don¬ nerez un renseignement. Quand nous fûmes arrivés, il me demanda grave¬ ment sans aucun préambule mon billet de journaliste. Le surlendemain, on devait exécuter un malheu¬ reux meurtrier, et il tenait à causer avec lui avant l’heure fatale. J’essayai de le dissuader de son projet ; mais il se prit alors à me raconter l’histoire du trésor de l’an¬ glais; puis, tirant de son coffre un petit livre tout crasseux, il tourna rapidement quelques feuillets jaunis et me lut ce qu’Albert le Grand dit de la main de gloire : — “ On prend la main coupée d’un pendu qu’il faut lui avoir achetée avant la mort : on la plonge, en ayant soin de la tenir fermée, dans un vase de cuivre contenant du zinc et du salpêtre, avec de la graisse de