Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/203

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l’amiral dü brouillard. Des cris déchirants au milieu desquels on dis¬ tingue une voix de femme, retentissent et se mêlent aux bruits de la tempête et aux éclats du tonnerre. — La vision s’est évanouie ; le silence de la mort s’est étendu sur ces eaux ; le vaisseau, le pilote, l’équipage épouvanté, les soldats, l’homme au geste altier, la femme aux longs voiles blancs ont disparu ; le soleil brille sur une mer calme et étincelante ; les flots viennent mollement caresser le pied du cap Désespoir. Le pêcheur est resté seul à côté des varangues vermoulues du naufrage anglais. — ” Cette émouvante légende, était publiée au rez- de-chaussée du Journal. Plus loin, en remontant à la colonne des affaires, on lisait : vente far le SHÉRIF,—Joseph Bonn eau, père, vs. Jacques Gabriel, marchand, capitaine caboteur. Une goélette, nommée la Brunette, avec voiles, ancres, cam¬ buse, cordages et gréments, telle qu’elle est ancrée au quai des Indes, pour être vendue au dit quai des Indes, le 1er jour d’octobre prochain, à 11 heures de l’avant-midi. Albert le Grand avait eu raison : la main de gloire ne connaissait pas d’obstacle. Elle venait de renverser toute l’honnête aisance d’un homme intelligent mais dévoyé, et elle avait laissé planer sur le cerveau du pauvre Jacques une parcelle de ces brumes que hante avec tant de com¬ plaisance le terrible amiral du brouillard.