Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/218

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210 A LA BRUNANTE. chose, moi : c’est la consigne. Pour preuve, c’est qu’en 1759, — ce qui commence à se faire loin — je ne son¬ geais guère à écrire des protestations de dévoue¬ ment aux Canadiens-Français. J’étais alors can¬ tonné dans un petit village de la côte-nord, à St. Joachim, et là ... . — Comment vous êtes allé à St. Joachim, mais, contez-moi ça général, cela doit être curieux, reprit Madeleine d’une voix légèrement tremblottante. — Mon Dieu, ce récit ne sera pas long ; et le petit voyage d’agrément que je ’ fis alors peut se résumer aussi laconiquement que le tour des Gaules de César. Sur mon passage, j’ai tout brûlé, tout pillé, tout massacré. Mille tonnerres ! c’était ma consigne qui le voulait ainsi, et elle me rend furieux ou senti¬ mental à son gré. A preuve, c’est qu’elle faillit me brouiller avec un lieutenant du 78ème Highlander. Ce jeune freluquet s’arrogeait le droit de grâce, et déjà deux paysans, le père et le fils, s’étaient mis sous sa haute et puissante protection. Il me semble encore les voir, les mains dans leurs poches d’habit tout déchiré, le père avec ses grands cheveux blancs friselants au vent, le fils portant, tête basse, sa tuque rouge, et se faufilant tous deux dans un champ de blé que mes hommes avaient oublié de saccager. Je tenais à faire un exemple et à montrer au jeune lieutenant Fraser que l’on ne bravait pas impuné¬ ment les ordres du général Wolfe.