Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/234

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226 A LA BRUNANTE. la via Condotti, je ni* arrêtai tout court sur 1’ une des marches du dernier escalier, car un bruit de voix sonores sortait de la loge du concierge. Mon nom fut prononcé ; puis, j’entendis le bruit sec et métallique d’une mollette d’éperon battant le parquet en marbre. C’était un dragon pontifical qui venait m’apporter un billet de monseigneur Negroto, m’annonçant que Sa Sainteté me recevrait en audience, ce jour-là même, à deüx heures précises. Sollicitée depuis plusieurs jours, cette audience était sans cesse remise ; et puis, dois-je vous l’avouer grand’mère ? il fallait quitter Rome bientôt, et mon cœur se désespérait. Mais il s’agissait bien de cela maintenant. La lettre de monsignor était là sur ma table, et il ne faut pas s’étonner si, ce jour-là le dîner fut oublié. Nous avions autre chose à penser. D’abord, je dis nous ; car il fallait se procurer un long voile pour Joséphine, les femmes n’étant admises au Vatican que voilées et vêtues de noir. Il fallait encore rassembler tous les objets de piété que nous voulions rapporter bénis en Canada ; puis, trouver quelques minutes pour nous recueillir un peu ; car c’était à ne pas y croire, grand’mère : dans une heure nous allions parler au Pape ! A une heure trois quarts pourtant, tout était prêt. Une voiture de place nous attendait, et bientôt nous traversions rapidement le pont Saint-Ange,