Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/91

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LE PÈRE MICHEL. »3 Je sautai dans la chaloupe qui devait me mener à Québec et, prenant courageusement une rame, je lançai un baiser à Marguerite, un coup de chapeau au parrain et, sans détourner la tête, commençai à nager vigoureusement. J’étais tout drôle ; le chagrin que j’avais, je ne le sentais pas ; mon cœur était resté sur la grève. Nous atteignîmes, comme cela, la passe qui sort de la batture pour nous mettre dans le chenal. Alors, ne pouvant plus y tenir, je tournai la tête. Marguerite avait disparu ; elle était rentrée sans doute pour pleurer plus à son aise. Seul le moulin me regardait aller ; ses grands murs blancs scintillaient au soleil ; sa toiture rouge était devenue pourpre à la lumière, et dans le lointain on entendait le grondement de la moulange ; car plus il avait de chagrin, plus il travaillait fort, mon oncle Labrèque.