Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/178

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à la brunante.

— Tu as dû fièrement louvoyer pour te procurer ces livres introuvables ! J’aime à croire que tout ira bien maintenant ; car moi, j’ai réussi à acheter une chandelle de graisse de mort. Passe les rames par-dessus les bancs ; ferle la voile, prends le sac rouge et saute sur les crans ; j’enrape le grappin, et j’emporte les pelles et les pics.

Deux solides gaillards mirent pied à terre sur l’île aux Œufs, et se dirigèrent vers l’extrémité sud-ouest, où gît un morne qui domine tristement le fleuve.

Il commençait à faire nuit : le flot déferlait avec une sourde mélancolie le long de la falaise. Partout s’allongeait un ciel gris : les mouettes tournoyaient au loin, comme pour saisir entre leurs ailes blanches les premières voluptés de la tempête qui, noire et lourde, rongeait déjà les bords de l’horizon plombé, et semblait surgir de l’immensité du golfe.

— Ah ! je crois que nous en tenons une rude, maître Louis ; murmura Jacques en grimpant le long de la pente : pourvu que les camarades de la goélette ne se mettent pas en peine de nous ; ça serait embêtant tout de même s’ils venaient à se douter du but de notre voyage.

— Bah ! ils sont sauvés à l’heure qu’il est, et la Brunette se balance tranquillement sur ses ancres dans la baie des Sept-Îles, défiant là le diable et tous les vents de l’enfer.

— Ne crois-tu pas, maître Louis, qu’il soit temps d’entonner l’Oraison des Salamandres, ainsi que le