Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/23

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le baiser d’une morte.

— Qu’est-ce que c’est ? que me voulez-vous à une heure aussi avancée ? répliqua-t-il ; il n’y a que les ivrognes, les voleurs et les loups-garous dehors par un temps pareil.

Il avait prononcé ce mot « loups-garous » avec une telle intonation, que le peu de courage qui me restait se prit à basculer. Vraiment, je les entendais dans la nuit accourir derrière moi, et, comme avant-coureur de leur tourbillon, un étrange frisson me circulait dans le dos ; néanmoins, j’avais ouï dire que ces esprits malins ne se rassemblaient jamais avant minuit ; je suspendis donc ma souleur à deux mains et reprit doucement :

— Mais, père Chassou, il est à peine neuf heures ; je viens vous demander de me prêter une chanterelle ; regardez-moi bien, je suis Mathurin votre troisième voisin.

— Ah ! ah ! ah ! le petit Mathurin que je prenais pour un des gens de la bande de Chambers, ricana-t-il en me mettant sa bougie sous le nez ; entre, mon garçon, viens-t-en auprès du feu, car il bruine dehors ; tu veux une chanterelle ? mais tu joues donc du violon ?

— Oui, un peu, père Chassou.

— Et qui te l’a montré ?

— Personne, ou plutôt Richard le colporteur.

— Ce qui revient au même, ajouta le père Chassou en soutirant une prise d’une belle tabatière d’or,