Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/97

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le père michel.

faible pour faire marcher le moulin tout seul. Pitre est un garçon économe et rangé, qui travaille dur.

Marguerite est bien et nous t’embrassons.

Ton parrain qui t’aime,
Juste Labrèque.

P. S. — N’oublie pas ma dernière recommandation, mon garçon : tiens-toi les pieds chauds et la tête froide ; ce serait bête de ta part si tu allais mourir de maladie, maintenant que tu as échappé aux balles des yankees.

— Hélas ! tout n’était pas fini pour moi, reprit le père Michel, et ce congé désiré par l’oncle Juste n’était pas facile à obtenir, car les Bostonnais devenaient remuants, et croyant que la fonte des neiges leur porterait chance, ils étaient revenus faire une petite promenade en Canada, en passant par Odelltown. Nous les attendîmes de pied ferme à Lacolle où M. de Salaberry nous avait cantonnés, et c’est là, Henri, que je n’ai pas jeté ma poudre aux corneilles, car ces grands maigres de coquins s’étaient mis en tête de canonner le moulin de la paroisse.

C’était à la fin de mars : il faisait un froid piquant, et à chaque boulet qui venait éventrer la muraille du pauvre moulin, un fort courant d’air se précipitait dans la chambre où nous étions. Heureusement que je ne les craignais pas, comme le bon M. Raby, notre curé ; et, agenouillé près de l’embrasure de la fenêtre, je tirais sur l’ennemi, en descendant un à