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BAI
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manquer d’exploiter. C’est avec une baguette (magique) que les sorciers prétendaient accomplir des choses surnaturelles. Dans le langage du théâtre, un « rôle à la baguette » l signifie un rôle de fée ou de magicien. Au Moyen-Âge, apparaît la « baguette divinatoire », brindille d’arbre à laquelle nos crédules paysans attribuaient toutes sortes de propriétés (découverte de sources, de trésors, de bandits fugitifs, etc…) Cette croyance, dans certaines contrées, subsiste encore de nos jours.

Que des croyances aussi ridicules persistent pendant des millénaires, cela doit nous porter à réfléchir. Leur cause ne nous sera pas bien difficile à découvrir. C’est à l’ignorance, et surtout à la paresse intellectuelle, qu’il faut imputer la fortune de la baguette magique. Étudier, observer, comprendre, demandent trop de volonté et de labeur. Le paresseux préfère avoir recours au surnaturel, à la foi ; il se contente de faire des vœux pour que son choix soit le bon ― cela coûte si peu ! ― La foi, en des dieux ou en des humains, n’est qu’une sorte de baguette magique ; religion, parti, dogme, sont des murs derrière lesquels l’ignorance, fermant les yeux, se bouchant les oreilles, s’efforce de s’endormir.

On manque trop souvent du courage de chercher ses propres vérités ; on s’en remet trop souvent à un autre ― prêtre, orateur, écrivain ― du soin de résoudre le problème de notre existence. D’aucuns semblent même attendre, que, au hasard d’un suffrage ou d’un bouleversement social, une société parfaite surgisse des ruines du capitalisme. Tout ceci est aussi peu rationnel que d’aller, guidé par un rameau de pommier, à la découverte de quelque trésor enfoui dans la terre.

Wastiaux.


BÂILLON. n. m. Tampon ou objet quelconque que l’on met dans ou sur la bouche de quelqu’un, pour l’empêcher de crier. Le mot bâillon est également employé au figuré, pour désigner les raisons qui ont imposé silence à quelqu’un. Exemple : Les politiciens menacent les puissants du jour avec l’espoir qu’on leur mettra un bâillon d’or sur la bouche. Il existe autant de bâillons moraux que de bâillons matériels. La crainte de se trouver sans travail est, pour l’ouvrier prêt à la révolte, un bâillon : pour ne pas plonger sa famille dans la misère, l’homme se tait. Et il est beaucoup de ces bâillons dont les patrons et les gouvernants usent et abusent : notamment la prison, qui se charge d’étouffer les cris du révolté, si sa menace n’a pas suffi à lui imposer silence. Les anarchistes ont eu le courage de mépriser tous les bâillons et n’ont pas craint de payer de leur liberté ou de leur vie, une franchise indéfectible. Sur eux, le bâillon d’or n’a pas plus de prise que le bâillon de fer. C’est pour cela que les gouvernements, quels qu’ils soient, depuis les gouvernements monarchistes jusqu’aux gouvernements bolchevistes, ont essayé, par tous les moyens, de se débarrasser de ces adversaires tenaces que sont les anarchistes.


BALLOTTAGE. n. m. Résultat négatif obtenu dans une élection où aucun des candidats n’a réuni la majorité absolue : scrutin de ballottage. ― Les élections législatives donnent lieu à ballottage, si le nombre des votants est inférieur à la moitié des inscrits où si aucune liste n’obtient le quotient électoral. Le scrutin de ballottage a lieu quinze jours après le premier tour de scrutin ; si aucune liste n’atteint le quotient, les sièges sont attribués aux candidats ayant obtenu le plus de suffrages. ― Dans les élections départementales et municipales, il y a ballottage lorsqu’au premier tour de, scrutin, aucun des candidats n’a réuni la majorité absolue des suffrages exprimés


et un nombre de suffrages égal au quart de celui des électeurs inscrits.

Le scrutin de ballottage a lieu le dimanche qui suit celui du premier tour de scrutin. Au second tour, l’élection a lieu à la majorité relative et, en cas d’égalité du nombre de suffrages entre plusieurs candidats, elle est acquise au plus âgé.

Les anarchistes ne prennent pas part à cette lutte stérile des urnes, si ce n’est pour donner les raisons de leur abstention et inviter les électeurs à ne pas voter. (Voir Abstentionnisme.)


BAN. n. m. Anciennement, on désignait sous l’appellation de ban, un ordre notifié ou proclamé publiquement ou bien l’ensemble des vassaux immédiats du roi ou bien la convocation de ces vassaux. Aujourd’hui, le mot ban a encore plusieurs sens : 1° proclamations, publications. Exemple : ban de mariage, promesse de mariage faite à l’église pendant trois dimanches consécutifs et qu’il ne faut pas confondre avec les publications imposées par la loi civile ; 2° jugement qui interdit ou assigne certaines résidences à un condamné après sa libération. Exemple : rompre son ban ; 3° roulement de tambour et sonnerie de clairon ou de trompette précédant ou suivant une proclamation aux troupes. Exemple : ouvrir, fermer le ban ; 4° applaudissements rythmés d’une façon particulière. Exemple : On a fait un ban pour l’orateur. L’usage des applaudissements sous forme de ban est très fréquent.


BANALITÉ. n. f. Le mot a eu un sens ancien qui diffère beaucoup du sens figuré moderne. ― Voyons d’abord le sens ancien. Au temps de la féodalité, on entendait par banalité, le droit, pour le suzerain, d’obliger le vassal à se servir exclusivement, moyennant redevance, d’une chose (four, moulin, etc…) dont il était propriétaire. Les banalités, dont l’origine remonte au xie siècle et qui furent d’abord une prérogative des seigneurs justiciers, furent considérées plus tard par les feudistes, comme un droit exorbitant ne découlant pas du droit de justice. Au xvie siècle, l’on n’admit plus, comme obligatoires, que les banalités fondées sur les titres, et non sur la possession « de long temps ». Ces iniquités furent définitivement supprimées par la Convention (Décret-loi du 17 juillet 1793). ― Aujourd’hui, le mot banalité sert à définir le caractère de ce qui est commun, vulgaire, trivial ou sans originalité. On dit, par exemple, qu’un écrivain publie des banalités, quand il se contente de répéter ce que tout le monde sait sans se distinguer ni par le fond, ni par la forme. On dit qu’un politicien dit des banalités lorsque, comme tous les politiciens qui l’ont précédé, il promet la lune à des électeurs trop confiants ou trop naïfs. Il faut combattre les banalités qui sont toujours inutiles et souvent néfastes. La banalité est une sœur de la routine. Il faut s’ingénier à faire jaillir de la pensée humaine, des concerts nouveaux et ne pas se complaire en une impuissance surannée. Le progrès se nourrit d’originalité et de nouveauté ; les banalités l’étouffent et le paralysent. Il appartient aux anarchistes de montrer l’inanité des discours, des écrits banaux et de faire aimer par le peuple les penseurs neufs et les entreprises hardies.


BANDIT. n. m. (de l’italien bandito). Selon la définition bourgeoise du mot, un bandit est un individu en révolte ouverte contre les lois et qui vit d’attaques à main armée. La bourgeoisie ne manque d’ailleurs pas de cataloguer sous l’épithète de bandit tous les réfractaires, tous ceux qui ne veulent pas plier leur échine sous son joug. Cela pour attirer sur ces réfractaires la réprobation publique et les discréditer aux yeux d’une masse inconsciente. Parmi les individus que l’on désigne sous le nom de bandits, il faut faire une dis-