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BAP
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banqueroute frauduleuse, ne peut obtenir un concordat et celui qu’il aurait obtenu avant sa condamnation est annulé. La « réhabilitation » ne lui est jamais ouverte. (Voir aussi Concordat, Faillite.) Mais la loi bourgeoise si elle sait bien condamner un petit boutiquier en faillite et si elle sait faire semblant de poursuivre un gros industriel banqueroutier, la loi semble oublier de se servir de ses foudres pour condamner au maximum de la peine, soit vingt ans de travaux forcés, tous les ministres des finances qui dilapident l’argent volé aux contribuables et falsifient les budgets ? Ne serait ce pas logique, pourtant ? Mais les loups ne se mangent pas entre eux, hélas ! Magistrature et politiciens s’entendent comme larrons en foire pour gruger ce qu’ils appellent pompeusement : la nation…


BAPTÊME. n. m. (grec baptismos, de baptizein, laver). Le baptême est le premier des sept sacrements catholiques, qui s’administre aujourd’hui en répandant un peu d’eau sur le front de celui qu’on baptise et par l’invocation expresse des trois personnes de la Trinité. Le baptême a pour effet d’effacer le péché originel et de rendre chrétien. Inutile, n’est ce pas, de souligner l’ineptie et le grotesque de ce sacrement qu’on administre à des nouveaux-nés pour les laver d’un « péché » commis par Adam et Ève ! Comme si les pauvres petits pouvaient être tenus pour responsables d’un tel « péché » et comme s’ils pouvaient en être absous alors qu’ils ne sont pas encore animés par une conscience ! Dans l’origine, on baptisait en plongeant dans l’eau. Autrefois, le baptême n’était conféré que dans un âge avancé ― ce qui était tout au moins plus logique ― et après de longues épreuves imposées aux néophytes, appelés aussi catéchumènes. Suivant la doctrine catholique, le baptême ne peut être réitéré ; il est nécessaire au salut. Nul ne peut conférer le baptême, s’il n’est au moins diacre, sauf les cas d’absolue « nécessité » où toute personne, même hérétique ou incrédule, peut conférer le baptême, pourvu qu’elle ait l’intention de faire ce que fait l’Église. En cas de danger, ou avec permission de l’évêque, et provisoirement, le baptême solennel peut être suppléé par l’ondoiement. Les calvinistes rejettent le baptême des enfants ; les luthériens l’ont conservé.


BARBARIE. n. f. Manque de civilisation, dit-on généralement, et, par extension, cruauté, férocité, inhumanité. Cette définition bourgeoise est incomplète. Il est vrai que très souvent les peuples sauvages sont barbares, leur sensibilité étant encore très grossière. Mais la « civilisation » peut très bien, au lieu de supprimer la barbarie, la perfectionner et l’adapter à tous les progrès. C’est ainsi qu’on a vu, durant la tuerie mondiale de 1914-1918, les peuples « civilisés » user d’une effroyable barbarie les uns contre les autres. Au service de cette barbarie ont été mis tous les moyens et méthodes modernes, toutes les acquisitions de la science : avions, sous-marins, balles explosives, gaz asphyxiants, etc., etc., toutes les conquêtes de la « civilisation » ont participé au massacre. Oserait-on dire après cela que les peuplades sauvages du centre de l’Afrique nous sont supérieures en barbarie ? On sait, d’autre part, comment les puissances européennes entendent « civiliser » les colonies. (Voir Colonisation.) La barbarie n’est le propre, ni d’une race ni d’une nation. Chaque homme a en lui un peu des instincts de la bête. La véritable civilisation consisterait donc, pour l’individu, à réprimer ces instincts mauvais et à cultiver les sentiments de générosité, fraternité, bonté. Malheureusement, les gouvernements ― dont le pouvoir s’appuie justement sur la faiblesse humaine ― font leur possible pour développer les mauvais instincts des citoyens en créant des sentiments artificiels qui les


couvrent (exemple : l’honneur militaire), et en nourrissant une mentalité déplorable. On ne peut donc compter sur une véritable civilisation que lorsque la Révolution sociale aura balaye les gouvernements et fait place nette. Lorsque les classes dirigeantes d’aujourd’hui auront été mises hors d’état de nuire, lorsque la paix mondiale sera assurée et que le Progrès se refusera à collaborer au meurtre et à l’esclavage des populations du globe, alors nous pourrons dire aux peuples encore arriérés : « Voyez les avantages de la civilisation ; faites comme nous : libérez-vous des routines et des préjugés. » II ne sera pas besoin, alors, de porter la guerre chez eux. L’exemple de notre vie facile et heureuse suffira aisément.


BARRICADE. n. f. (rad. barrique). Espèce de retranchement, composé de toutes les matières pouvant opposer une résistance : barriques, paniers, sacs remplis de terre, arbres, meubles, etc… Les barricades sont des fortifications improvisées, dont on se sert dans les combats de rue. La possibilité de rencontres entre soldats et émeutiers a amené les militaires à étudier et enseigner toute une science des barricades. Le manuel à l’usage des gradés, des chefs de section, etc…, que l’on se procure facilement dans le commerce sont particulièrement instructifs. La guerre de 1914-18 a permis de mettre au point l’art de disposer des petits sacs remplis de terre, de façon à établir un rempart mettant le combattant à peu près à l’abri des balles. Des matelas protègent aussi parfaitement. Mais ces ouvrages traitent surtout de la stratégie des barricades ; de la façon dont on doit disposer les armes à tir rapide : fusils mitrailleurs et mitrailleuses, afin d’avoir devant soi le champ de tir le plus étendu et de se garantir mutuellement, par des feux croisés, contre l’attaque de l’adversaire.

Destinés à l’armée, ces livres sont étudiés et commentés par les Révolutionnaires sérieux.

Les barricades furent, à l’origine, de simples chaînes qu’on tendait le soir à l’extrémité des rues, à l’heure du couvre-feu ; elles devaient préserver les citadins des voleurs. En 1358, Étienne Marcel, prévôt des marchands, transforma les chaînes des rues en un ensemble de fortifications, destinées non seulement à préserver les bourgeois des voleurs, mais aussi à sauvegarder leurs franchises. Elles leur furent enlevées en 1383 par les ducs d’Anjou, de Bourgogne et de Berri, oncles du roi Charles VI qui les fit déposer au château de Vincennes, d’où les retira Jean Sans Peur pour les restituer aux Parisiens et capter leur confiance. Ils s’en servirent d’ailleurs en 1436 contre la garnison anglaise qui occupait Paris, et la chassèrent. Nous retrouvons, désormais, dans l’histoire, le sens et le caractère actuels des barricades, à chaque mouvement. De moyen défensif au service de la police, elles deviennent un instrument nécessaire de la révolte contre le pouvoir.

En 1588, le 12 mai, Paris se couvre de barricades et chasse Henri III.

Le 26 août 1648, Anne d’Autriche ayant fait arrêter les conseillers Blancmesnil, Charton et Broussel, le peuple de Paris dressa des barricades dont quelques-unes étaient si hautes ― disent les historiens ― qu’il fallait des échelles pour les franchir, et obtint la libération des conseillers qui avaient eu le seul tort de dire ses vérités à la Régence. Ce mouvement porte dans l’histoire le nom de Première Fronde. Elle fut d’ailleurs suivie peu après de la Deuxième Fronde, qui mit le trône à deux doigts de sa perte.

La Fronde fut un mouvement intéressant en ce sens, que le peuple de Paris dressa les barricades pour des revendications politiques encore mal définies, mais qui annonçaient déjà 1789.