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nuisible « Il est plus bête que méchant ». Il est évident que de pauvres types font beaucoup de mal par leur bêtise. Au sein de la masse amorphe il y a beaucoup de simples d’esprit (en latin : imbecilis) qui, par leur façon de déraisonner, entravent tout progrès. Ils ont dans la bouche des sophismes de ce genre : « On ne peut pas vivre sans autorité… Il y aura toujours des guerres… Il faut bien qu’on se défende, puisqu’on a été attaqué… Qu’est-ce qui ferait les routes, si on refusait de payer les impôts ?… Sans police, les malfaiteurs feraient la loi… Etc…, etc… » La bêtise d’en haut correspond à celle d’en bas : « Il faut des riches pour faire vivre les pauvres… On ne peut se passer d’argent… La patrie est sacrée… On doit obéir aux lois de son pays… suivre la tradition de ses pères… La morale et la religion sont les bases de la société », et autres lieux communs aussi sensés. Décidément, la bêtise seule peut donner le sentiment de l’infini, comme disait Renan.

Les imbéciles répètent machinalement ce qu’on leur a dit. Dépourvus d’esprit critique, il sont incapables de discerner le vrai du faux. Leurs conversations, toujours les mêmes, sont idiotes. Ils parlent de la pluie et du beau temps, emploient les mêmes mots, les mêmes formules. Leurs gestes monotones sont aussi plats que leur paroles. Ils sont stupides. Que voulez-vous faire avec une majorité de crétins ? Impossible de réformer la société, avec des individus incapables de se réformer eux-mêmes, de joindre ensemble deux idées, de réfléchir tant soit peu. On leur fait croire que des vessies sont des lanternes. La masse moutonnière fréquente les temples et les mairies, se plie aux caprices de l’administration et se plaint timidement, pour la forme. Ces esclaves ont les maîtres qu’ils méritent. Bêtise collective et individuelle, bêtise des dirigeants et des dirigés, des savants et des ignorants, des riches et des pauvres, du peuple et des bourgeois, il y a tant de bêtise dans l’humanité qu’on en reste confondu. De voir tant de gens qui ne savent ce qu’ils disent, qui ont perdu tout sentiment du juste et de l’injuste, toute loyauté, tout courage, tout héroïsme, aveuglés par leurs passions, leurs préjugés, leur fanatisme et leur sectarisme, on est atterré. C’est quelque chose d’épouvantable. On ne peut surmonter son dégoût. Cette bêtise, que des siècles d’esclavage ont forgée, est aussi solide que le granit, et, comme l’univers, elle est sans bornes.

Que pouvons-nous contre elle ? Espérons cependant ― contre toute espérance ― qu’un jour viendra où eIle disparaîtra de l’humanité. Ce sera long, très long, et ce ne sont pas les petits-fils de nos petits-fils qui verront la bêtise vaincue, terrassée par l’intelligence et l’amour. ― Gérard de Lacaze-Duthiers.


BIAISER. v. n. Le verbe biaiser qui signifie au sens propre : aller de biais, être de biais, est surtout employé au sens figuré : user de moyens indirects, détournés. Exemple : les Gouvernements sont habiles dans l’art de biaiser, lorsqu’ils veulent imposer des impôts nouveaux à la nation ; ils savent user de tous les moyens de persuasion, faire appel aux considérations les plus imprévues et, sous couvert de patriotisme et d’intérêt général, vider le porte-monnaie de leurs contribuables.


BIBLE (La). Formation du canon biblique. Antiquité de la Bible. Emprunts aux livres sacrés des peuples voisins des Israélites. Le Nouveau Testament. Les influences païennes et le christianisme.

On désigne sous le nom de Bible (du grec : Biblos, Biblion, livre) la collection des livres sacrés dont se servent les juifs et les chrétiens des différentes dénominations. Cette collection se compose de l’Ancien Tes


tament, qui est le livre sacré des israélites et du Nouveau Testament, que les chrétiens considèrent comme le complément de l’Ancien. Ces termes, Ancien Testament et Nouveau Testament sont les traductions de source latine d’expressions employées par le grand propagandiste et vrai fondateur du christianisme, Saul de Tarse, connu sous le nom de Saint Paul, dans le 2e épitre aux Corinthiens é palaia diathéke (l’ancienne alliance), ékainé diathéke (la nouvelle alliance) et qui lui servirent à distinguer la doctrine de celui qui, d’après Saint Paul, accomplissait les prophéties juives, de celle enseignée par les livres mosaïques.

Selon qu’il est catholique ou protestant, le canon (du grec kanôn règle) de l’Ancien Testament, comprend plus ou moins de livres. L’Ancien Testament se compose de livres écrits en hébreu (proto-canoniques) et de livres rédigés en grec (deutéro-canoniques). Les israélites et les protestants rejettent ces derniers qu’ils appellent apocryphes. (Ce sont les livres de Tobie, Judith, la Sagesse de Salomon, l’Ecclésiaste, Baruch, une épître de Jérémie, deux livres de Machabées, le cantique des trois jeunes Hébreux, l’histoire de Suzanne, l’histoire de Bel et du Dragon, et le livre d’Esther, à partir du chapitre 10). Les exégètes catholiques affirment que, bien que ces livres aient été rejetés du canon israélite, la tradition des juifs les faisait admettre comme sacrés et que pour l’usage public elle les plaçait à côté des livres canoniques.

L’Ancien Testament ou Bible hébraïque comprend trois parties : 1° la Thora (c’est-à-dire la loi) qu’on appelle aussi le Pentateuque (d’un mot grec qui signifie le volume des cinq livres), c’est la seule partie qu’admettaient comme canonique les Samaritains ; 2° les Prophètes (Nabim) : Josué, les Juges, Samuel I et II, les Rois I et II, Esaïe, Jérémie, Ezechiel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie ; 3° Les Hagiographes (écrivains sacrés, Ketoubim) : les Psaumes, les Proverbes, Job, le Cantique des Cantiques, Ruth, les Lamentations de Jérémie, l’Ecclésiaste, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie, Chronique I et II.

Le point de vue orthodoxe difficilement soutenable après les travaux de la critique moderne, c’est que la Bible est une merveilleuse manifestation d’unité religieuse, sinon dictée par Dieu lui-même, tout au moins inspirée par son esprit. Dans le livre de l’Exode (le second de la Thora) il est dit, que sur la montagne du Sinaï, le Seigneur remit à Moïse « les deux tables du témoignage écrites du doigt de Dieu » (Exode XXXI, 18).

Les fouilles entreprises en Syrie depuis que l’accès en ce pays est devenu plus facile, et avec les moyens d’investigation scientifiques dont on dispose actuellement, ont permis de se rendre compte que les mythes bibliques décelaient une parenté étroite avec ceux qui avaient cours chez les Assyriens, particulièrement les Babyloniens (et autres habitants de l’Asie antérieure), parmi lesquels la partie la plus notable et la plus intellectuelle des Israélites subit un long exil.

La cosmogonie de l’Ancien Testament, la création telle que la Genèse l’expose ont leurs correspondants dans les récits assyriens. Le parallélisme se poursuit même parfois jusque dans les moindres détails. Le récit biblique remarque à plusieurs reprises que « Dieu vit que sa création était bonne », Or, dans le texte cunéiforme, le créateur affirme qu’il a « bien fait » les stations des grands dieux (les étoiles). Dans un autre document assyrien, le sabbat est appelé « le jour du repos du cœur » ; il est interdit de travailler ce jour-là, en particulier d’allumer le feu pour cuire la viande, et de prendre des remèdes en cas de maladie, Un juif, un pharisien, rigide observateur de la loi, n’aurait point parlé autrement.