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CAP
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poussée et le château féodal s’écroule. Sa vie est subordonnée à la volonté et au courage des opprimés. De l’énergie des exploités et des opprimés dépend tout l’avenir des exploiteurs et des oppresseurs.

La faiblesse de la classe capitaliste est que son unité n’est qu’apparente, et qu’en réalité elle est divisée. La classe ouvrière peut, elle, trouver son unité, car ses intérêts sont « uniques ».

Il est difficile de tracer une ligne de démarcation entre les diverses catégories de la classe capitaliste, il est cependant évident que l’esprit qui anime le petit commerçant est différent de celui du gros industriel et que, si leurs intérêts de classe sont solidaires, leurs intérêts individuels sont en concurrence.

À mesure que le Capital se centralise, il se crée une lutte intérieure dans la classe capitaliste, et cela nuit à la bonne harmonie indispensable à sa vie ; nous sentons déjà qu’elle est menacée en raison des divergences et des intérêts contraires qui se heurtent.

De même que tout ce qui est né doit mourir, la classe capitaliste doit disparaître. Elle a vécu plus qu’elle ne vivra. Elle se désagrège petit à petit, mais cherche à se raccrocher au radeau, comme un malheureux perdu dans l’océan. Elle ne peut cependant échapper au tourbillon qui l’engloutira.

Le capitalisme a parcouru sa route à pas de géant, il a gravi la montagne, mais il n’échappe à personne que sa maison est bâtie sur des neiges et que sa philosophie est basée sur une erreur. Or, l’humanité veut et cherche la vérité. Aveugle parfois, elle s’égare ; elle tâtonne comme un enfant qui hésite à faire son premier pas ; mais une fois qu’elle a conquis l’assurance, que la lumière éblouissante est venue l’éclairer, alors elle retrouve une énergie indomptable ; elle pénètre partout pour y écraser le mensonge, arrache le masque de tous les fantoches, de tous les pantins et termine la comédie qui a duré parfois des siècles.

La classe capitaliste moribonde se défend contre l’ouragan. Elle élève des digues puissantes pour échapper à la tempête ; elle torture son cerveau pour inventer les monstres géants, mécaniques et scientifiques qui lui permettront de retarder l’échéance fatale. Tout lui échappera cependant, car la vérité est en marche et la vérité doit vaincre l’erreur. ― J. Chazoff.


CAPITULATION. n. f. En langage militaire : action d’abandonner une place forte, une armée, entre les mains de l’ennemi. « La Capitulation de Sedan. »

Au sens bourgeois et patriotique, la capitulation entraîne toujours le déshonneur de celui qui la décide. En vertu des lois militaires ― plus ridicules encore que les lois civiles ― une armée doit se faire hacher jusqu’au dernier homme, plutôt que de se rendre, quelles que soient les forces supérieures qui lui sont opposées. Déposer les armes et capituler est une « lâcheté », Bien des généraux et des chefs d’État s’en sont cependant rendus coupables : La Capitulation de Bazaine, la Capitulation de Napoléon III et, plus récemment encore, durant la guerre russo-japonaise, la Capitulation des généraux russes, à Port Arthur.

Il n’y a pas, hélas, que des capitulations militaires. Il y a aussi les capitulations d’ordre moral. Combien y a-t-il de gens dont la loyauté ne peut être mise à l’épreuve sans qu’ils capitulent pour satisfaire leurs appétits et leur soif de jouissance ?

Le monde politique nous offre un terrain propice à la recherche de ces éléments. Les parlements fourmillent de tristes individus qui capitulèrent pour obtenir une place, un poste, une charge, et ces hommes trouvent toujours des excuses pour légitimer leur capitulation.

Si la capitulation militaire peut parfois arracher à


la mort certaine sur les champs de bataille des milliers de pauvres bougres déguisés en soldats, la capitulation de conscience est un acte indélicat et immoral, profitable uniquement à celui qui le commet, et il faut mettre celui qui s’y abaisse au ban de l’humanité.


CAPTATION. n. f. Action qui consiste à subordonner la volonté d’autrui dans le but d’obtenir des avantages.

Captation d’héritages ; captation de suffrages.

La Captation est donc un acte malhonnête au sens propre du mot, dont sont victimes plus particulièrement les êtres faibles. Elle ne tombe pas sous le coup de la loi. L’ancienne législature française avait bien introduit dans son droit, un article qui annulait tous les avantages, profits ou privilèges acquis par suggestion, flatterie, artifice, subordination, Captation, mais la jurisprudence actuelle n’est pas armée pour réprimer les captateurs, et cela se comprend.

La Captation étend ses ravages dans tous les domaines : le commerce, l’industrie, la finance, la religion, la politique ne peuvent se perpétuer qu’avec l’aide de l’abus de confiance, qu’une poignée de jouisseurs exercent sur la grande majorité des hommes. Par le verbe enjôleur et mielleux, la religion capta la confiance de millions de pauvres hères ; par le mensonge et les promesses le candidat capte les suffrages des candidats naïfs. L’appât du gain, le désir d’augmenter indéfiniment ses bénéfices fait du commerçant ou de l’industriel, un captateur qui trompe l’acheteur sur la valeur réelle de la marchandise vendue, et du financier un escroc qui induit en erreur le malheureux qui lui confie ses économies.

En notre siècle de ploutocratie, d’amoralité, la captation est considérée comme un acte normal de la vie courante, puisque les sociétés modernes sont construites sur le mensonge. Elle ne peut, par conséquent, être frappée par les lois.

Étant un des effets dont le capitalisme et l’autorité sont les causes, la captation ne prendra fin que lorsqu’aura vécu la société bourgeoise.


CAPTIEUX. adj. Se dit des individus ou des idées qui, sous une apparence de vérité ou de sincérité, se signalent complètement faux à l’analyse.

Un discours captieux ; des raisonnements captieux. En mathématique, une démonstration par « l’absurde » : une démonstration captieuse.

Les captieux sont nombreux, et de même que les captateurs, ils agissent ordinairement en vue de buts intéressés. Que de discours vides de sens ; que de mots creux et sonores sont employés par les captieux pour convaincre un auditoire qui se laisse griser par les belles paroles, sans vouloir pénétrer le fond des idées bellement exprimées !

Il faut éviter les captieux, conscients ou inconscients ; car ils sont un danger social, et ne jamais s’arrêter à la présentation ou à l’enveloppe d’une idée, mais rechercher ce qu’elle contient.


CARACTÈRE. s. m. (du grec Kharassein : graver). Empreinte, marque, figure tracée sur une surface quelconque avec un burin, une plume, ou de quelque autre manière, et à laquelle on attribue une certaine signification. Se dit particulièrement des lettres et autres figures dont on se sert dans l’écriture ou dans l’impression. Titre, dignité, qualité, puissance, attachées à certains états. Être revêtu du caractère d’ambassadeur. Son caractère sacré. Dans les sciences naturelles, ce mot désigne certaines marques essentielles qui servent à distinguer un animal, une plante, une substance, de toute autre, ce qui individualise un être, fait qu’il a quelque chose bien à lui, distinct des autres êtres ; ce qui est sa personnalité. Le caractère des indi-