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beaucoup enfin peuvent se réveiller à une heure déterminée. Ces faits témoignaient déjà en faveur d’une « fonction du sommeil » en partie soumise à la volonté. La clinique confirma la réalité de cette fonction en précisant la zone cérébrale dont la lésion entraîne l’ « hypersomnie », c’est-à-dire le sommeil prolongé, impérieux, irrésistible. Elle prouva ainsi que ce centre est un « appareil de veille » maintenu en activité par des stimulations externes ou internes, détendu sous l’influence de la fatigue, marchant au ralenti dans le calme de la nuit excité par des impulsions internes, supprimé par l’effet de certaines maladies génératrices de léthargie. Le sommeil se définit donc comme le repos du système nerveux supra-segmentaire exclusivement ; car, pendant sa durée, les réflexes segmentaires et intersegmentaires continuent à s’effectuer sans relâche, puisque le dormeur respire, retient l’urine, les matières et même peut agiter ses membres. Le rêve marque bien la persistance d’une vie psychique mais confuse, désordonnée, élémentaire. La pleine conscience exige l’intégrité et l’activité de tous les centres anatomiques rassemblés dans l’encéphale.

Les physiologistes contemporains ont émis l’opinion que le cerveau devait posséder, en même temps que le commandement de l’activité réfléchie, le contrôle des fonctions de la vie végétative et automatique : digestion, circulation, urination, défécation. Et en effet, l’expérimentation animale et la clinique humaine confirment la présence de deux centres distincts pour l’innervation de la vessie, et un centre pour l’innervation du rectum. L’excitation de certaines régions de l’écorce provoque des contractions de l’estomac et de l’intestin, et la destruction de quelques autres modifie les sécrétions salivaires et sudorales. Là réside la preuve de l’unité élémentaire, primordiale, du système nerveux de la vie psychique, l’axe cérébro-spinal, et du système nerveux de la vie organique et végétative, le sympathique. Corps et âme sont deux expressions consacrées par l’usage et conservées pour la facilité de l’étude, mais forment un seul organisme déterminé d’une façon identique dans son apparition, son développement et ses destinées.

Y a-t-il un « centre des centres » ; un « cerveau du cerveau » ; un régulateur des appareils psychiques intriqués, juxtaposés, superposés dans la masse encéphalique ; un substratum anatomique de la personnalité avec son intelligence, son caractère, son tempérament, avec ses réactions propres ? La logique biologique autorise à le croire et des recherches récentes tendent à le déterminer. Donnée curieuse et cependant rationnelle, ce centre ne se trouve pas sur l’écorce, mais à la base du cerveau, au carrefour où convergent et d’où divergent les voies issues des centres suprasegmentaires ou se rendant vers eux, dans cette région où se situent les centres de la vie organo-végétative. Il est le point de jonction, l’appareil de liaison entre les faits psychiques purs descendant de l’activité corticale, et les manifestations instinctives remontant des appareils inter-segmentaires et segmentaires. Là serait le siège de l’ « âme », pour appeler cette chose par son vieux nom. En effet, une lésion portant à ce niveau produit des perturbations de l’humeur et de l’intelligence en même temps que des troubles dans les secrétions (menstruation, urination, fonction thyroïdienne).

Aujourd’hui, hardiment, on peut conclure. Le cerveau ne sécrète pas la pensée comme le rein sécrète l’urine, liquide excrémentiel, nocif rejeté hors de l’organisme. Mais il recueille, intègre, élabore les impressions venues de l’extérieur ou de l’intérieur pour les transformer en mouvements, sécrétions ou pensées, comme le tube digestif saisit, absorbe et assimile les aliments


pour les transformer en travail et en chaleur. La phylogénèse en surprend la première apparition dans la cellule neuro-épithéliale des cœleutérés (hydres et méduses) pour en suivre le développement progressif jusqu’à l’encéphale des Primates supérieurs, comme elle laisse voir le cytostome des Infusoires ciliés devenir graduellement l’estomac des Hominiens. L’ontogénèse montre le système nerveux de l’homme partir de l’état rudimentaire dans l’embryon, passer par la phase segmentaire et inter-segmentaire chez le fœtus pour s’épanouir en appareil supra segmentaire chez l’adulte. Organe différencié de la primitive irritabilité élémentaire, issue elle-même de l’action de l’énergie cosmique, le cerveau s’avère fonction du mouvement et facteur de mouvement. Il constitue une merveilleuse manifestation de la vie universelle. ― Dr F. Elosu.

BIBLIOGRAPHIE

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Lhermitte. ― Les fondements biologiques de la psychologie. 241 p. (Gauthier-Villars et Cie, Paris, 1925.)

Piéron. ― Le problème physiologique du sommeil. (Masson, 1913.)

Piéron. ― Le cerveau et la pensée. (Alcan, 1923.)

Büchner. ― Force et matière. (Schleicher, Paris, 1906.)


CHAMBRE (LA). n. f. Diminutif par lequel on désigne une des deux assemblées législatives. Il y a en France deux Chambres : la Chambre Haute et la Chambre Basse. La Chambre Haute ou Sénat est composée de membres élus au suffrage restreint, et la Chambre Basse, ou Chambre des députés, qui tient ses assises au Palais Bourbon, est composée de membres élus au suffrage universel. Cette assemblée politique a porté, selon les époques, des noms différents. Après les Etats généraux de 1789, elle se dénomma Assemblée nationale, puis Assemblée constituante, ensuite Corps législatif et Chambre des représentants et, en dernier lieu, Chambre des députés. Si, dans les Etats despotiques, le pouvoir législatif appartient au monarque ou au chef du gouvernement ; dans les Etats démocratiques le pouvoir appartient aux Chambres législatives. C’est donc à la Chambre des députés et au Sénat qu’incombe la charge de faire les lois. En vertu même des principes qui régissent les démocraties et qui sont puisés dans les domaines de l’illusion, la Chambre ou Parlement (voir Parlement) agit au nom du peuple qu’elle représente et par qui elle est nommée ; elle est supposée défendre et soutenir, par l’intermédiaire de ses composants, les désirs de la majorité de la population, — ce qui serait déjà une erreur car les minorités seraient sacrifiées — mais en réalité elle est subordonnée à une infime minorité qui tire les ficelles et anime les pantins que sont les députés.

Notre ami Bertoni, dans son étude sur l’Abstentionisme (voir Abstentionisme) a signalé, d’une façon claire et précise, les raisons qui militent en faveur des thèses soutenues par les Anarchistes qui refusent de participer à la formation de ces repaires d’hommes indélicats et roués, que sont les assemblées législatives.

Et même, en supposant qu’au point de vue doctrinal, la Chambre soit vraiment issue du peuple, au point de vue pratique, au point de vue des faits, l’expérience a démontré l’inopérance d’une assemblée législative, et son incapacité à résoudre un problème social quelconque. Composée d’avocats sans cause, de médecins sans clientèle, de charlatans à la recherche d’une situation, d’êtres incapables et ambitieux, elle offre le spectacle de luttes oratoires stériles, où les représentants se déchirent en apparence, mais où tous sont d’accord