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rissable ; pour moi qui, dans ces conditions, ne saurais admettre que l’âme prisonnière, dans le temps, de sa loque mortelle, soit appelée à entrer dans la vie éternelle, dès qu’elle aura cessé d’être captive, le problème de la confusion où de la séparation du « spirituel » et du « temporel » ne se pose même pas.

Mais il se pose pour les simples « mangeurs de curés » et pour les politiciens « de gauche », et je viens d’établir que la séparation qu’ils tentent est impossible, du fait que le croyant est un être soumis à toutes les nécessités naturelles. On peut même concevoir qu’il cesse d’être croyant sans cesser d’être un homme, tandis qu’il n’est pas possible d’imaginer qu’il cesse d’être un homme sans qu’il cesse, ipso facto, d’être un croyant. En d’autres termes, un homme peut vivre sans croire, mais il ne peut vivre sans boire, manger, dormir, respirer, etc., ce qui fait que, si l’individu peut négliger le « spirituel », il lui est radicalement impossible, quelque part qu’il accorde au spirituel, de négliger le « temporel ».

Le « temporel » peut, à la rigueur, ignorer le « spirituel » et n’en tenir aucun compte, alors que, par contre, le « spirituel » ne peut ignorer le « temporel » et est dans la nécessité d’en faire état.

Lorsque les anticléricaux, se disant respectueux du « spirituel », demandent que le croyant ne mélange pas le « spirituel » et le « temporel », ils demandent donc l’impossible.

S’il est impossible à un croyant, pris individuellement, vécût-il dans la solitude, de séparer pratiquement le « spirituel » du « temporel » il l’est, a fortiori, à l’homme vivant en société, à l’être social.

Ce croyant est plongé dans un milieu social donné ; il Y est comme dans un bain dont il subit la température et les propriétés. Allez-vous lui demander de rester indifférent au froid excessif ou à la chaleur exagérée du liquide ? Croyez-vous que, s’il gèle, il ne tentera pas d’élever la température de son bain et que, s’il cuit, il ne cherchera pas à l’abaisser ?

Pensez-vous que, s’il peut choisir entre un bain de vitriol et un bain d’eau parfumée, il ne préfèrera pas l’eau au vitriol ?

Soyez certain, absolument certain, qu’il mettra tout en œuvre pour que son bain soit d’eau parfumée et non de vitriol, de liquide propre et non sale, de température moyenne et non trop basse ou trop élevée. J’espère que vous n’en pouvez douter.

Eh bien ! Sachez, radicaux, francs-maçons, anticléricaux et libres-penseurs de toutes nuances et de tous groupements, que, pour le chrétien ― je parle du chrétien sincère, convaincu, désintéressé, loyal, du chrétien pour qui la religion n’est une question ni de bonne compagnie, ni d’avancement, ni de boutique, du chrétien qui aime véritablement son Dieu et qui, plutôt que d’abjurer sa foi est prêt à souffrir ― sachez, dis-je, que, pour ce chrétien, une Société sans Dieu, c’est l’eau sale, c’est le liquide brûlant ou glacial, c’est le vitriol ; sachez que l’eau propre, le liquide à température moyenne et l’eau parfumée, c’est la société chrétienne. Sachez que ce chrétien a le devoir impérieux de tout faire pour que l’eau de son bain se débarrasse de sa crasse et devienne propre, pour que la température cesse d’y être trop élevée ou trop basse et pour que l’eau parfumée remplace le vitriol. Sachez que s’il ne consacrait pas tous ses efforts, toutes ses ressources, tous ses moyens d’actions à obtenir, pour lui et ses frères, ce résultat, il encourrait la damnation éternelle. Sachez que, si sa conscience ne suffisait pas à lui imposer l’étroite obligation de travailler dans ce sens, il y serait poussé par les prédications de ses pasteurs, par les conseils ou menaces de son confesseur, par les journaux qu’il lit, par la propagande qu’il soutient,


par le groupe chrétien dont il fait partie, par son entourage et par sa famille.

Rappelez-vous que, de tous temps et en toutes circonstances ― on ne saurait trop le répéter ― l’Église s’est mêlée aux événements temporels, que son action a constamment pesé sur les événements dans toute la mesure de ses forces, qu’elle a toujours, secrètement mais passionnément, ambitionné de tenir l’humanité sous son joug, que son histoire : toute de ruses, de mensonges, de manœuvres politiques, de despotisme et de violence atteste qu’elle a sans cesse été animée de l’irréductible volonté de modeler la société à son image et qu’elle a mis au service de ce but toutes les ressources de sa diplomatie, toutes les forces de son organisation et toute la puissance de ses trésors.

Conclusion : Si vous avez la ferme volonté de faire échec aux manœuvres du clergé, si vous êtes résolus à barrer la route aux desseins ambitieux des représentants de la Religion, ne vous bornez pas à combattre le cléricalisme, faites à la religion elle-même une guerre sans merci. Ne vous contentez pas d’être « des mangeurs de curés », attaquez-vous à Dieu lui même ; soyez antireligieux.

Le cléricalisme est un mouvement politique et social mais à base religieuse. C’est cette base qu’il faut saper hardiment et avec persévérance. ― Sébastien Faure.


CLIQUE. n. f. Ce mot ne s’emploie jamais de façon bienveillante et sert généralement à désigner une association ou un groupe d’individus méprisables et desquels il faut se méfier. Même lorsque l’on se sert de ce mot sans intention malveillante « une joyeuse clique », le qualificatif ne détruit pas le sens péjoratif du mot et laisse supposer que cette « joyeuse clique » est composée d’éléments peu recommandables. La clique désigne également la musique d’un régiment : la « clique militaire » et dans le jeu de cartes l’association de certaines figures.


CLOÎTRE. n. m. Habitation religieuse pour hommes ou femmes voulant se livrer à la vie monastique. Le nombre des cloîtres a notablement diminué en France ; mais il en existe encore beaucoup en Belgique, en Italie et surtout en Espagne. L’institution du cloître remonte au vie siècle environ ; cependant, les solitaires qui désiraient s’adonner à la vie contemplative se retiraient dans des couvents dits « couvents cloîtrés ».

C’est surtout en Orient que les moines se détachaient complètement de la vie extérieure et s’enterraient dans des « couvents cloîtrés ». En Occident, le couvent et le monastère servaient de refuge à ceux qui, tout en s’éloignant du monde, continuaient cependant à vivre en commun. (Voir Couvent et Monastère.) Le cloître occidental, à ses origines, eut donc les mêmes attributions que le couvent cloîtré en Orient ; mais il ne tarda pas à se transformer et à servir trop souvent de prison. Il fut le tombeau de quantité de jeunes gens qui étaient une gêne et une menace pour leur caste ou leur famille. Afin de se débarrasser de ses enfants pour laisser un titre et une fortune au premier né, bien des pères firent jeter leurs fils cadets dans des cloîtres, et ceux-ci furent également le refuge de quantités de femmes, victimes de l’autorité arbitraire du chef de famille, qui préférèrent la mort lente de la vie claustrale à la violation de leurs plus intimes sentiments. Les portes du cloître se fermèrent maintes fois sur des philosophes et des savants qui osaient s’attaquer au dogme de l’église et dont les idées étaient jugées subversives par l’Inquisition.

L’institution du cloître, on peut s’en rendre compte par les faits qui illustrent toute l’histoire du christianisme, produit des monstruosités. Quoi qu’il en soit