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courage de prendre des décisions lorsque le besoin s’est fait sentir, et surtout appliquer ces décisions lorsque c’est nécessaire. Manquer de décision, c’est partir à l’aventure et échouer dans toutes ses entreprises. Une décision claire et logique est toujours préférable à des résolutions embrouillées prises par un nombre incalculable d’individus. Les anarchistes doivent savoir être décisifs et hardis et être capables, au moment opportun, de prendre les décisions que comportent les événements.


DÉCLAMATION. n. f. Action de déclamer ; traduire en paroles une pièce de théâtre ou de littérature ; réciter à haute voix. Le mot déclamation est peu usité pour signifier simplement la lecture à haute voix d’une pièce de vers ; on l’emploie surtout pour désigner l’art de débiter et de jouer une œuvre théâtrale, et plus particulièrement la tragédie. Ce terme sert aussi à signaler la recherche, l’affectation, l’usage de phrases pompeuses dans le discours, et il est toujours péjoratif lorsqu’on l’applique dans ce sens. « Ce discours n’est qu’une ennuyeuse, une plate déclamation » (Lachâtre). En dehors de la scène, il faut donc se garder d’user de la déclamation, car un discours, simple, clair et précis obtient toujours de meilleurs résultats et produit une impression plus avantageuse que tout l’art déclamatoire que l’on peut posséder.


DÉCLASSÉ. adj. S’emploie pour les personnes et les choses. Ce qui est sorti de sa classe, ce qui sort du rang qu’il occupait. La bourgeoisie, et surtout la vieille noblesse, considère comme un « déclassé » celui qui, abandonnant les vieilles traditions, s’allie avec une personne appartenant à une classe « inférieure » ; et naturellement on considère comme inférieurs ceux qui travaillent. On peut cependant constater que l’usage de rester enfermé dans les cadres établis par la tradition se perd, et que les « déclassés » deviennent de plus en plus nombreux. L’évolution et le progrès en sont la cause.

La classe ouvrière, elle aussi, a ses « déclassés ». Ce sont tous ceux qui, sortis de son sein, n’hésitent pas à se livrer à la bourgeoisie et à défendre ses intérêts.


DÉCLENCHER. verbe. La clenche est une des pièces du loquet qui tient la porte fermée et le mot déclencher signifie : lever la clenche pour ouvrir la porte. Ce mot est surtout employé au sens figuré où il acquiert une signification plus ample qu’au sens propre. « Déclencher » la guerre, c’est-à-dire profiter de certains événements pour mettre fin à une ère de paix et ouvrir une période de sanglantes batailles. Le carnage de 1914 fut déclenché par la tourbe des capitalistes ambitieux et avides. Lorsque leurs intérêts particuliers sont en jeu, les capitalistes n’hésitent jamais à déclencher un mouvement guerrier dans l’espoir de retrouver l’équilibre, mais il arrive parfois que leurs espérances sont déçues et qu’à la suite du carnage se déclenche la Révolution.

Ce fut ce qui se produisit en Russie et en Allemagne. Las d’être courbé, le peuple se révolta et chassa les maîtres : mais il ne sut pas profiter entièrement de son geste et il faudra « déclencher » d’autres révolutions encore à travers le monde pour libérer définitivement l’humanité.


DÉCLIN. n. m. Ce qui touche à sa fin : ce qui arrive à son terme. Le déclin du jour ; le déclin de la vie. S’emploie également pour signaler la perte de l’influence exercée par un état, un gouvernement etc., etc.… L’empire est à son « déclin » ; le déclin d’une civilisation. On se sert aussi du mot « déclin » comme synonyme de diminuer. Le « déclin de la fièvre » pour la diminu-


tion de la fièvre. Tout ce qui monte est appelé à redescendre, et le capitalisme qui s’est élevé avec rapidité est arrivé aujourd’hui à son point culminant. Chaque heure, chaque minute qui s’écoule, précipite sa chute ; il est à son déclin et déclinera jusqu’au moment où, complètement affaibli, il s’écroulera sous la poussée et le choc des parias qu’il a asservis durant des siècles.


DÉCOMPOSITION. n. f. Action de séparer les parties d’un corps composé ; dissocier un tout formé de plusieurs éléments. En chimie, la décomposition a pour but de séparer les principes d’un composé ; elle diffère de l’analyse en ce sens que celle-ci détermine les proportions de ces principes. Le mot « décomposition » est parfois synonyme de « altération » ou « putréfaction ». On dit un corps en décomposition ce qui, dans son esprit, signifie la même chose qu’un corps en putréfaction.

De même qu’en chimie la décomposition morale d’un corps social est souvent indispensable pour déterminer sa valeur. Lorsqu’il est difficile à l’esprit humain de saisir toute l’étendue d’un sujet, il le décompose et arrive avec moins de difficultés aux résultats attendus et espérés. Au point de vue social, la décomposition morale et intellectuelle est donc un facteur de clarté. Tel sujet, tel objet qui nous apparaissaient sous un certain angle, change de physionomie à la décomposition. En décomposant la société moderne, et en s’attaquant à certaines institutions qui en forment les bases, on a plus de chance d’en ébranler les assises, car si elle offre une certaine résistance dans son tout, elle présente une certaine faiblesse dans ses parties.


DÉCORATION. n. f. Ce qui sert à embellir, à orner. La décoration d’un salon, la décoration d’un jardin. En peinture comme en sculpture, ou en tout autre partie, la décoration est un art utile et agréable. Au théâtre, la décoration offre de véritables services. Dans le sens théâtral, on emploi plutôt le mot « décors » que « décoration » ; sa signification est la même. Pour décorer en certaines occasions des salles ou des appartements, on a recours à la fleur et à la tapisserie. Le décorateur doit avoir du goût, de l’intelligence, l’esprit de perspective, en un mot des connaissances multiples pour être un véritable artiste. On donne aussi le nom de « décoration » aux médailles et rubans que distribue journellement le Gouvernement ou ses ministres aux individus qu’ils veulent honorer. Avoir une décoration est une marque de dignité pour les ignorants et les ambitieux. La décoration a été instituée pour récompenser le mérite, mais outre qu’elle est souvent donnée sans aucune raison, il en est fait un tel abus qu’il y aura bientôt plus d’individus décorés que d’autres. Il y a des gens qui sont avides de décorations et qui accomplissent des bassesses pour en obtenir. C’est la vanité qui guide ces malheureux imbéciles qui veulent avoir quelque chose qui les signale à leurs semblables. En France, il y a environ soixante-dix ordres différents de décorations. La plus recherchée et la plus honorifique est celle de la Légion d’honneur qui fut instituée par la loi consulaire du 19 mai 1802, pour récompenser les services civils et militaires.

Quelle que soit la décoration dont on est gratifié par un gouvernement ou un homme d’Etat quelconque, cela n’implique pas la valeur d’un individu et n’ajoute rien à son mérite. L’homme intelligent trouve de suffisantes satisfactions dans l’utilité de son travail ou do son œuvre, sans rechercher un plaisir ridicule à porter à sa boutonnière un morceau de ruban d’une certaine couleur, et il est de vrais savants qui, pleins de modestie, refusent catégoriquement d’accepter aucun signe « honorifique », se distinguent ainsi des ambitieux vulgaires.