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femme une punition à ses péchés. Il semble donc absolument impossible que le même auteur ait pu rédiger ces deux récits.

Poussons plus loin l’analyse de ces textes qui sont acceptés, non seulement par la religion juive, mais également par toutes les autres religions occidentales, et voyons sur quoi repose cette idée, d’un dieu créateur, d’un dieu tout-puissant, qui, depuis des siècles, domine le monde. Tout d’abord, le récit Jéhoviste nous apprend qu’à l’origine le serpent parlait, et il en était probablement ainsi de tous les autres animaux peuplant la terre ; de plus, il nous faut supposer qu’il avait des jambes et était constitué physiquement comme l’homme, puisque c’est sa séduction qui lui valut la peine infligée par Dieu. C’est peut-être une explication simpliste de la variété des individus, mais certains s’en contentent. Pour nous tout cela est, en vérité, un joli conte susceptible peut-être de distraire un enfant ; mais qu’au vingtième siècle, des êtres sains d’esprit, à ce que l’on prétend, soient encore attachés à de telles croyances, c’est ce qui nous paraît inconcevable.

D’autre part, nous ne voyons pas bien quelle est la puissance de ce Dieu qui dit : « Voici l’homme devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal », et qui le chasse du jardin de l’Éden, de crainte que, mangeant du fruit de l’arbre de vie, il ne vive éternellement. Dans l’esprit comme dans la lettre, cela veut dire que si l’homme avait mangé du fruit de l’arbre de vie, Dieu se fût trouvé dans l’incapacité de punir l’homme par la mort.

En outre, le pluriel employé, dans le texte de la « Genèse », nous porte à croire qu’il ne s’agit pas d’un Dieu, mais de plusieurs « Dieux » et, par conséquent, de « Créateurs » multiples. Les juifs devaient, en effet, être polythéistes à l’origine et le mot Elohim lui-même nous le prouve. Elohim, en hébreu est, en effet, un pluriel dont le singulier est : eloah. Que devient alors cette idée d’un « Dieu » unique, puissant, d’un Créateur maître de toutes choses, maître du monde ?

Il n’est même pas besoin de se placer sur le terrain scientifique de l’origine des espèces pour détruire la Genèse ; elle se détruit elle-même, dans l’esprit d’un homme sain, par ses absurdités.

Signalons également que la « Genèse » n’est pas une création particulière des Juifs et que d’autres religions, bien antérieures au judaïsme, avaient imaginé la création du monde de façon fantasmagorique.

« Tous les peuples dont les Juifs étaient entourés, dit Voltaire, avaient une Genèse, une Théogonie, une Cosmogonie, longtemps avant que ces Juifs existassent. Ne voit-on pas, évidemment, que la Genèse des Juifs était prise des anciennes fables de leurs voisins ?

« Jaho, J’ancien dieu des Phéniciens, débrouilla le chaos, le Khautereb ; il arrangea Muth, la matière ; il forma l’homme de son souffle, Calpi ; il lui fit habiter un jardin, Aden ou Eden ; il le défendit contre le grand serpent Ophienée, comme le dit l’ancien fragment de Phérécide. Que de conformités avec la « Genèse » juive ! N’est-il pas naturel que ce petit peuple grossier ait, dans la suite des temps, emprunté les fables du grand peuple inventeur des arts ?

« C’était encore une opinion reçue d’Asie que Dieu avait formé le monde en six temps, appelés chez les Chaldéens, si antérieurs aux Juifs, les six gahambârs.

« C’était aussi une opinion des anciens Indiens. Les Juifs, qui écrivirent la Genèse, ne sont donc que des imitateurs ; ils mêlèrent leurs propres absurdités à ces fables, et il faut avouer qu’on ne peut s’empêcher de rire quand on voit un serpent parlant familièrement à Eve, Dieu parlant au serpent, Dieu se promenant chaque jour, à midi, dans le jardin d’Éden, Dieu faisant une culotte à Adam et un pagne à sa femme Eve. Tout le reste paraît aussi insensé ; plusieurs Juifs eux-mêmes


en rougirent ; ils traitèrent dans la suite ces imaginations de fables allégoriques. Comment pourrions-nous prendre au pied de la lettre ce que les Juifs ont regardé comme des contes ? » (Voltaire, Le Tombeau du Fanatisme, ou l’Examen important de Milord Bolingbroke).

La Genèse est donc définitivement condamnée pour tout être sérieux, sensé, logique. Elle est condamnée par le raisonnement d’abord et par la science ensuite. L’Église, cependant, ne désarme pas et elle poursuit son œuvre de corruption intellectuelle. Pétrissant le cerveau des enfants, le bourrant d’anecdotes mensongères et ridicules, elle fait des bambins qui lui sont confiés des êtres incomplets, incapables de penser sainement et de se conduire librement dans la vie.

L’enfant est un petit être curieux et confiant. Dès son plus jeune âge il cherche à savoir et à s’expliquer tous les phénomènes de la vie. Son esprit éveillé le porte à questionner ; il veut savoir le pourquoi de toutes choses et est toujours porté à admirer ce qui lui paraît grandiose. C’est pourquoi il aime tous les contes de fées. Il admire la force et la puissance de ces êtres surnaturels, lui qui se sent si petit et si faible, et l’explication simpliste de la création du monde, qui lui évite de fouiller et de chercher, le satisfait pleinement. C’est la force de l’Église de savoir profiter de l’inexpérience de la jeunesse, et c’est pourquoi l’Église est dangereuse. Une fois que le poison a pénétré dans le cerveau d’un gosse, il est difficile de l’en extirper ; même lorsque l’enfant a atteint l’âge d’homme, un flottement, une incertitude subsistent, et cela engendre la crainte de l’inconnu qui est un facteur de lâcheté et d’esclavage. Gardons-nous donc nous-mêmes de conter aux enfants des histoires qui peuvent paraître inoffensives et cependant font des ravages. Tâchons, petit à petit, de leur expliquer les phénomènes de la vie, détruisons systématiquement toute idée légendaire de la création et nous arriverons rapidement à la genèse d’une ère nouvelle. — J. Chazoff.


GÉNIE n. m. Le génie est la plus haute expression de la supériorité intellectuelle caractérisée par des inventions, des découvertes, des œuvres philosophiques, scientifiques, littéraires ou artistiques, une action politique ou sociale qui intensifie notre connaissance de l’univers et contribue au progrès de l’humanité.

On a beaucoup divagué à propos du génie. Lombroso et ses disciples en ont fait un état anormal voisin de l’épilepsie et de la folie. Cette opinion ne faisait que justifier une vieille croyance.

Nihil est injenium sine aliqua stultitia, dit un proverbe latin ; il n’est pas de génie sans quelque grain de folie.

Il est possible que, les forces humaines étant limitées, l’hypertrophie d’une ou de plusieurs facultés intellectuelles soit compensée, chez l’homme de génie, par la déficience des autres. Mais il est difficile d’avoir à ce sujet une documentation sérieuse. Les tares, apparentes chez l’homme de génie, qui est un point de mire, passent inaperçues chez la masse des hommes ordinaires. L’épilepsie d’un Dostoïevski frappe tout le monde ; mais il ne faut pas oublier que la presque unanimité des épileptiques n’ont rien de génial.

L’inspiration géniale a aussi fait dévier bien des auteurs. On l’a comparée à une hallucination.

Newton, génie lui-même, réfute cette opinion lorsqu’il nous dit que « le génie n’est qu’une longue patience » et qu’il a découvert la gravitation « en y pensant toujours ».

Il n’est pas d’ailleurs, lui non plus, dans la vérité. Certes, les découvertes géniales ne tombent pas du ciel comme une communication médianimique. Celui qui n’a pas étudié une science n’y découvre jamais rien. Mais, en revanche, on peut penser longtemps à une question sans y rien découvrir de nouveau. Il faut renverser