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MAC
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clamait Pierre Dupont dans « le Chant des ouvriers ». Ils le seront tant qu’ils ne se seront pas élevés à cette résolution qu’il faut pour accomplir (et à la conscience et au savoir nécessaires pour en rendre durable le geste) l’exhortation de cet autre chansonnier :

Ouvrier, prends la machine,
Prends la terre, paysan !

Par assimilation aux outils ou instruments servant à mettre en œuvre les matériaux ou agents naturels, un cheval, un ouvrier sont des machines dans le langage de l’économie politique. L’art de la guerre, que le journalisme a enrichi d’une terminologie savoureuse, a fait de ces machines le « matériel humain » poussé sur les charniers… Pour conclure en reprenant à la base notre désir ardent d’élever les hommes au-dessus de cette condition d’automate qui les prédispose à toutes les servitudes, nous rappellerons, avec Paul Janet que l’éducation qui nous est chère a pour objet « non de faire des machines, mais des personnes »… — Stephen Mac Say.

MACHINE. On ne conteste plus, aujourd’hui, les bienfaits dont nous sommes redevables à la machine mais on commet souvent une erreur sur la nature des services qu’elle nous rend. On admet volontiers, sans examen suffisant que la machine fournit du travail, produit de l’énergie, alors qu’en réalité elle en consomme. Paul Lafargue exaltait, jadis, ces esclaves d’acier qui, un jour, affranchiront l’homme de la plus grande partie de son travail. Un écrivain socialiste contemporain a caressé le même espoir illusoire.

Or, cette erreur n’est pas sans conséquence. L’homme produit plus qu’il ne consomme, son labeur donne naissance à une plus-value. Il nous paraît équitable qu’il bénéficie intégralement du produit de son travail, soit directement, soit en échangeant des services contre des services équivalents, des produits ayant exigé l’apport d’une certaine énergie contre d’autres ayant requis un apport égal. Si la machine, collaborant à l’œuvre des hommes, produit, elle aussi, plus qu’elle ne consomme, celui qui en a fait la fourniture ne va-t-il pas, au jour du partage des fruits, avoir le droit de réclamer en sus de ses frais de construction, une part de la plus-value due à son matériel. Ainsi serait justifié l’intérêt dû au capital, ou plus exactement au capitaliste détenteur des moyens de production.

Quand la machine est réduite à sa plus simple expression, outil ou engin mu par le bras de l’ouvrier, chacun voit bien qu’elle ne fournit par elle-même aucun travail, qu’elle reste inerte tant qu’une volonté ne lui a pas infusé sa vigueur. Elle donne au travailleur la possibilité d’exécuter des besognes dont sans elle il n’aurait pu venir à bout, mais elle lui emprunte son énergie et, même, ne lui rend pas tout ce qu’elle a reçu. Uri homme qui élève, à la hauteur d’un mètre cinquante pierres de 10 kilos dépense 500 kilogrammètres ; avec un palan, il soulèvera à la même hauteur un fardeau de 500 kilos et il aura fourni le même nombre de kilogrammètres et même un léger supplément pour vaincre les frottements et la raideur des cordes.

Mais il n’y a pas que des machines-outils ; il y a celles qui sont mues par la vapeur, l’eau, le vent. Eh bien ! celles-là aussi sont consommatrices et non productrices d’énergie. Le bénéfice qu’elles nous apportent vient de ce qu’elles nous permettent d’utiliser des forces naturelles, celles qui proviennent des combustibles tirés des entrailles de la terre où des causes fortuites les avaient mises à l’abri de la dégradation inévitable des matières organiques, ou des agents actuels, courants aériens ou chute de l’eau, qui revient à son niveau après un cycle souvent décrit.

Considérons, par exemple, le charbon. Si d’un puits


de 500 mètres nous avions extrait une pierre de 1 kilo, nous aurions, en l’y laissant retomber récupéré les 500 kilogrammètres que nous a coûté son élévation. Sa combustion, au contraire, produira 8.000 calories, soit 8.000 x 425 kilogrammètres soit 3.400.000 kilogrammètres. Déduction faite des frais d’extraction, de transport, etc., équivalant au plus aux 9 dixièmes du total, il nous testera 340.000 kilogrammètres. Or, la machine à vapeur ordinaire ne nous en rend que 10 à 11 % soit 34.000. Le profit est important malgré tout, car il correspond à une heure de travail d’un manœuvre. Des calculs analogues nous renseigneraient sur le rendement des autres forces naturelles.

Mais ces richesses, ce n’est pas le capitaliste qui en est l’auteur. De quel droit vient-il donc en réclamer la jouissance ?

Ainsi les machines-outils accroissent l’empire de l’homme sur son milieu, elles étendent son rayon d’action, multiplient les biens dont il jouira, mais n’ajoutent rien à la somme de travail qu’il met en œuvre, et par conséquent à leur valeur, si nous faisons du travail la mesure de la valeur.

Les machines motrices consomment plus d’énergie qu’elles n’en restituent, mais cette énergie est empruntée à la nature et il y a là un enrichissement évident de l’humanité. Par contre nul n’a de titres à l’appropriation de ce dont la nature nous a gratifié. Le capitaliste constructeur ou fournisseur de l’outillage mécanique a droit, comme chacun au remboursement du travail qu’il a apporté à la masse. Une fois cette compensation perçue, tout prélèvement périodique sur les résultats d’une activité à laquelle il ne participe pas est illégitime. Rien ne justifie l’intérêt du Capital. — G. Goujon.


MACHINISME. n. m. (de machine). Ce mot désigne l’emploi régulier, l’utilisation systématique des machines pour alléger, diminuer ou supprimer même le travail humain. Il est devenu, grâce au développement toujours plus grand de la science appliquée et de la mécanique, synonyme d’un vaste et profond mouvement de transformation des anciennes méthodes de travail. Par l’introduction de procédés mécaniques de plus en plus puissants, perfectionnés, complexes et rapides, se trouve multiplié et intensifié dans des proportions formidables le rendement de l’effort.

Le mot de machinisme est assez moderne. Il date surtout de l’emploi des moteurs mécaniques, des machines à vapeur. Car c’est de l’époque où elle n’exigea plus la force musculaire humaine pour être mise en mouvement que la mécanique a pris un essor considérable. Tant que la machine devait être manœuvrée par les bras humains et qu’il n’était guère possible d’augmenter à son gré le chiffre des hommes à son service, la mécanique se trouvait limitée dans son extension. Mais dès que la vapeur permit de concentrer une force illimitée, pouvant égaler celle de milliers d’hommes en certains cas, et pouvant tourner à des vitesses que le muscle humain ne pourrait soutenir, le machinisme est entré dans une phase nouvelle, et il va sans cesse s’accroissant et se perfectionnant. Après la vapeur, le pétrole et l’électricité sont devenus des puissances motrices, plus légères, souples, rapides et délicates, et ce fut une poussés accélérée du machinisme. A tel point que tous les espoirs sont permis aujourd’hui, et que nul ne pourrait dire où s’arrêtera le progrès mécanique, ni s’il s’arrêtera jamais.

Avec la vapeur d’abord, le pétrole, l’alcool industriel, l’électricité ensuite, nous sommes entrés dans l’ère propre du machinisme. Il est à l’ordre du jour partout ; il est au premier plan des préoccupations de tous ceux