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pas classés nettement et leur ascendance reste problématique. Les Proboscidiens se réduisent aux seuls Éléphants d’Afrique et d’Asie. Les Ongulés présentent plus de variétés et le Rhinocéros, le Cheval, le Bison, le Chameau, le Cerf, la Girafe sont assez différents les uns des autres ainsi que l’Hippopotame, le Gnou et le Sanglier.

Les Primates se divisent en trois sous-ordres : les Lémuriens, vivant surtout à Madagascar ; les Simiens, répandus dans toute la zone tropicale, s’écartent peu des régions chaudes. Quelques formes sont intermédiaires entre les Lémuriens et les Singes comme les Ouistitis et possèdent des griffes. D’autres Singes (Platyrrhiniens) ont le pouce peu séparé de la main, les narines écartées, la queue prenante. Tels sont les Alouates, les Sapajous, les Sakis de l’Amérique du Sud. Les Catarrhiniens comprenant les Babouins, Mandrills, Macaque, Magot et enfin les anthropoïdes dont l’Orang-Outang des îles de la Sonde, les Gibbons de l’Inde, le Chimpanzé et le Gorille d’Afrique. Le dernier sous-ordre des Primates est uniquement constitué par les Hominiens peu différents, anatomiquement, des anthropoïdes.

La Paléontologie retrouve des traces de Mammifères dès le début du Secondaire, dans le Triasique. C’étaient de tout petits animaux, probablement insectivores, vivant sur les arbres. Leurs ancêtres probables doivent être cherchés parmi les Théréodontes (sous-ordres des Théromorphes), sortes d’intermédiaires entre les reptiles nettement caractérisés et les Mammifères du Secondaire. Les Théréodontes descendaient probablement eux-mêmes des Rhynocéphales, lesquels provenaient sans doute des Stégocéphales vivant à l’époque Pesmienne dans le Primaire. Ces sortes d’animaux mi-reptiles, mi-batraciens, de formes assez diverses (serpent, lézard) ont précédé les grands Reptiles du Secondaire, contemporains des petits mammifères arboricoles.

Remarquons ici que l’on trouve des traces d’Insectes du genre Blatte, ainsi que des Scorpions dans le Silurien, ce qui montre l’ancienneté prodigieuse des animaux à respiration trachéenne. Remarquons également que, tandis que les Mammifères comptent tout au plus 3.000 espèces environ sur les 272.000 espèces animales connues à ce jour les arthropodes en comptent 209.000, et les insectes 180.000 à eux seuls. On voit qu’au cours des siècles la variation ne s’est point effectué de la même manière, ni dans le même temps, chez les différents animaux.

Les oiseaux sont postérieurs aux Mammifères car leur ancêtre possible l’Archéoptéryx, de la taille d’un gros corbeau, ne se rencontre que dans le Jurassique supérieur. C’était un animal étrange avec un squelette de Reptile, une queue de Lézard emplumée, des mâchoires dentées, et des plumes nettement formées jusque sur les jambes terminées par des pattes griffues. À cette époque le Jurassique contenait déjà plus de 25 espèces de Mammifères de la taille du Rat et du Glouton et se rapprochant des Monotrèmes actuels. C’était l’époque des Reptiles gigantesques, maîtres incontestés de tous les continents, dont quelques-uns, tel l’Atlantosaurus des Montagnes Rocheuses, atteignaient les dimensions colossales de 36 mètres. Jusqu’alors la température paraît avoir été à peu près égale sur la surface terrestre mais à partir du Crétacé les saisons commencent à se former et l’évolution se précise alors en faveur des Mammifères. Par leur température interne régulière et élevée ces derniers purent se maintenir et s’adapter à des températures extérieures très diverses tandis que la faune reptilienne disparaissait et ne se maintenait désormais que sous les tropiques avec des dimensions bien réduites.

Un autre facteur de triomphe des Mammifères fut le développement exceptionnel de leur cerveau, particulièrement du cerveau antérieur le télencéphale. Cette écor-


ce cérébrale est constituée par deux régions assez indépendantes l’une de l’autre : le rhinencéphale et le néopallium. La première centralise toute l’activité olfactive de l’animal, la deuxième centralise la sensibilité visuelle, auditive et tactile. Alors que chez les Poissons le néopallium est excessivement réduit, chez les Reptiles il augmente d’importance, tandis que chez les Mammifères il se développe considérablement en proportion de la régression du rhinencéphale.

Si, pendant l’énorme durée du Secondaire (plus de 400 millions d’années d’après Carl Stœrmer), les Mammifères se sont peu différenciés ; si, dans le Crétacé, une certaine homogénéité existait encore, dans l’Éocène ancien diverses variations importantes commencent à se préciser, variations déterminées par le genre de vie, principalement l’alimentation. Déjà les Créodontes, ancêtres des Carnassiers, les Condylarthres, ancêtres des Ongulés et peut-être des Siréniens, les Pachylémuriens dont le nom indique les descendances ultérieures, offraient des différences appréciables et très marquées. Chaque ordre s’écarte considérablement de sa forme primitive. La vie marine, terrestre, arboricole, aérienne, modifie la morphologie des Mammifères. En plein Crétacé un petit groupe d’insectivores s’était déjà séparé des autres Mammifères tout en conservant les caractères primitifs des Marsupiaux et se rapprochant des Créodontes. C’étaient les Ménotyphlas, actuellement vaguement représentés par les tupaïas vivant d’insectes et de fruits dans les arbres de la Malaisie et se rapprochant des Lémuriens. Dans le Paléocène de l’Amérique Centrale on trouve les restes des deux branches de Primates : les Lémuriens et les Tarsoïdés déjà différenciés. Ils ont ensuite émigré en d’autres régions et les Lémuroïdés, aujourd’hui localisés principalement à Madagascar, dans le sud de l’Inde et dans l’Afrique Orientale, ont peu évolué depuis ces époques lointaines. Les Tarsoïdés, réduits actuellement aux Tarsiers de la Malaisie étaient représentés à cette époque par six genres dont l’un : Anaptomorphus Homonculus, a été regardé par Cope comme l’ancêtre commun à tous les singes. Rémy Perrier admet que c’est dans l’Amérique Centrale que s’est effectuée la séparation des singes en Platyrrhiniens et en Catarrhiniens, lesquels ont émigré dans l’ancien monde et ont continué leur évolution en diverses directions. Il est assez difficile de suivre cette évolution et cette migration mais dans le gisement des Siwaliks, au pied de l’Himalaya, on trouve déjà des types très nettement différenciés d’anthropoïdes dont le fameux Dryopithécus, duquel descendait le genre Palœosimia d’où proviendrait l’orang-outang ; le genre Palœopithhécus ayant abouti au Gorille et le genre Sivatherium ancêtre possible des Hominiens.

Les découvertes de la Préhistoire diminuent chaque jour l’écart entre l’homme et ses ancêtres arboricoles. Les hommes de Mauer, de Néanderthal, de la Madeleine nous montrent l’évolution et les transformations progressives de la morphologie hominienne vers les types humains actuels.

Si l’on compare les résultats des liaisons établies par la paléontologie entre les divers échelons de l’animalité mammalogique du crétacé jusqu’à l’homme actuel ; si l’on tient compte de l’insignifiance des recherches souvent accidentelles et nullement en rapport avec l’immensité des espaces non encore fouillés ; si l’on tient également compte des causes nombreuses de disparition des fossiles et des bouleversements géologiques (effondrements de continents, éruptions volcaniques, incendies, etc.) détruisant toute possibilité de recherches, il faut véritablement reconnaître que la paléontologie, malgré ses nombreuses lacunes, a tracé une généalogie fort satisfaisante des Mammifères et de l’Humanité. Quelques points restent encore bien obscurs, tels le, ou les lieux d’origine du genre humain et son unité ou sa pluralité originelle. Le premier point ne