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des statues de 7 à 13 mètres de haut représentant le roi Ramsès II qui avait construit le temple.

Il est assis dans une attitude rigide, la tête coiffée du pschent, le corps revêtu du costume sacré, les mains sur les genoux.

Le pylône franchi, puis les trois premières enceintes, réunies entre elles par des allées de sphinx, on se trouvait sur les bords d’un lac qui servait aux purifications et aussi à porter la barque où l’on promenait à certains jours l’image du dieu. Là se déroulaient les processions.

Après un second pylône, on arrivait par une porte de bois précieux, armée de lances d’or, dans le véritable temple où les rois seuls et les prêtres avaient accès.

C’était la fameuse salle hypostyle de 100 mètres de long sur 50 de large et 25 de haut, dont le plafond était soutenu par douze colonnes de la grosseur de la colonne Vendôme, à Paris, et 122 autres, moins grosses, sur les bas-côtés, mais encore de proportion colossale, rangées sur neuf files. On a calculé que Notre-Dame-de-Paris y tiendrait à l’aise. Cette salle ne recevait de jour que par la porte, et comme elle allait en diminuant de hauteur, le fond en était obscur et plein de mystère.

Plus tard, sur le même modèle, les architectes égyptiens construisirent des temples souterrains dans les rochers ; tels les temples d’Ipsamboul, ceux de Nubie.

Puis ils creusent des tombes dans les flancs du rocher ; ce sont les spéos ou hypogées ; les plus remarquables dont ceux de Beni-Hassan, découverts par Champollion où furent enterrés les rois de la douzième dynastie.

L’architecture souterraine offre à cette époque de remarquables œuvres : les tombes, surtout les syrïnges que l’on trouve dans le sauvage ravin de Bab-el-Molouk, près de Thèbes, plus compliquées, plus luxueuses encore que les hypogées, montrent un art qui a atteint la suprême élégance.

En ce qui concerne l’art décoratif, l’Egypte s’est montrée remarquable. Il y a au Caire et dans tous les musées d’Europe des objets qui ont une distinction, une élégance qui ont servi de modèle à l’art moderne.

Les groupes Italiques subirent profondément l’influence de la civilisation grecque. Il est probable que les premiers latins, et les documents archéologiques semblent le prouver, sont venus du Nord, des plaines du Danube ; ils se sont confondus avec les Sabins et les Étrusques. Leur premier établissement fut sur le mont Palatin, berceau de la Cité. Au temps de Tacite, on montrait l’emplacement de la ville primitive, marqué par une ceinture de pierres. C’était le Roma Quadrata, ainsi construite parce que les rites religieux et les prescriptions des augures voulaient qu’elle eût cet aspect. Au pied du Palatin et du Capitole s’étendait une dépression légèrement ondulée, herbeuse et humide, qui servait de marché : le Forum. C’était le début de la ville éternelle.

Les premiers rois romains s’occupèrent surtout de guerroyer, et il faut attendre quelques siècles pour que l’un d’eux, Ancus Martius, fit exécuter des travaux qui étendirent le territoire de Rome jusqu’à la mer.

L’avènement de Tarquin l’Ancien (616–578), assura à Rome une série d’embellissements et de grands travaux. Il assécha le Forum en construisant un égoût monumental (cloaca maxima) qui déversait les eaux dans le Tibre ; œuvre gigantesque qui fit l’admiration des Romains eux-mêmes et qui, après vingt siècles, subsiste encore et fonctionne comme autrefois. Il jeta les fondations du plus célèbre des temples de Rome, celui de Jupiter Capitolin qui renfermait en outre les


sanctuaires de Junon et de Minerve, les deux grandes divinités romaines. Le temple brûla en 83 av. J.-C., et fut reconstruit par Sylla ; incendié à nouveau en 70 ap. J.-C., il fut rebâti par Vespasien ; détruit une troisième fois, il fut rebâti par Domitien et les restes en subsistent encore dans les jardins du palais Caffarelli.

Servius Tullius (578-534), après avoir enfermé dans l’enceinte de Rome le mont Viminal et l’Esquilin, pour affermir la puissance de Rome, bâtit sur l’Avertin un temple de Diane.

Les progrès de Rome furent interrompus par une catastrophe qui, au Vème siècle, faillit tout emporter. Les Celtes, chassés de leur territoire de Gaule par les invasions germaniques, avaient franchi les Alpes et s’étaient fixés dans la plaine du Pô. Ils avaient renversé la domination étrusque et y avaient fondé Médiolanum (Milan), Brescia, Verone, Bologne, etc…

Après avoir conquis toute l’Italie, Rome s’agrandit et s’embellit. Après l’incendie des Gaulois, de grands travaux s’accomplirent. En 312, le censeur Appius Claudius fit construire un premier aqueduc de 16 kilomètres 500 ; en 272, Manius Curius Dentatus en entreprend un autre de 70 kilomètres. De grandes routes furent tracées qui rayonneront dans toute l’Italie. L’influence grecque pénètre les mœurs romaines. Arrivent des artistes, des artisans grecs qui feront connaître aux paysans leur civilisation raffinée et l’on voit poindre le lever d’un art, d’ailleurs servilement plagiaire encore des modèles de la Grèce.

Le Grand Autel de Zeus, à Pergame est construit. En Sicile, à Taormina, un théâtre gigantesque s’édifie, puis le temple de Juno Lacinia à Agrigente.

Lorsque les Romains entreprirent leurs conquêtes et qu’ils entrèrent en Grèce, ils contemplèrent l’éclat fastueux de l’architecture, les trésors de sculptures, les temples, les milliers de statues de marbre et de bronze, les vases précieux et ils ne se contentèrent pas de piller, ils ramenèrent avec eux toute une armée d’artistes prisonniers qui répandirent peu à peu dans la société cultivée le goût et l’intelligence des choses d’art, préparant la voie à un art national qui trouva son développement pendant la période impériale.

Après la Grèce, c’est l’Asie qui envahit Rome et qui y introduisit toute l’orgiastique orientale. L’Art romain ne se constitua donc définitivement que sous l’Empire. L’architecture diffère de celle de la Grèce par l’emploi de la voûte, qui est d’origine étrusque et les monuments romains substituent souvent la forme ronde à la forme rectangulaire à colonnes qui caractérise les monuments grecs. Le plus caractéristique des monuments de ce genre est le Panthéon d’Agrippa, qui subsiste encore aujourd’hui et a servi de modèle à tous les édifices à coupole. En outre, un grand nombre de monuments furent élevés qui imitaient simplement les formes grecques en combinant les différents ordres, dorique, ionique et corinthien. Les monuments caractéristiques de Rome étaient les temples, dont Auguste fit réparer quatre-vingt-six anciens et construire seize nouveaux ; les théâtres, avec une large estrade et des gradins disposés sur voûtes ; les aqueducs, qui apportaient à Rome l’eau fraîche et pure des Apennins, dont quelques-uns fonctionnent encore ; les bains publics ; les basiliques, qui étaient à la fois des tribunaux et des salles de réunion ; les cirques et les amphithéâtres destinés aux jeux. Un grand nombre de ces monuments se pressaient sur le Forum ; ils étaient ornés de statues, grecques pour la plupart mais dont certaines avaient un caractère plus spécialement romain. Les parvis de ces édifices s’ornaient de peintures à fresques, représentant des motifs décoratifs, des scènes mythologiques ou des sujets de guerre, tandis que le sol était couvert de mosaïques ornementales et pittoresques.