Page:Faure - Histoire de l’art. L’Art médiéval, 1921.djvu/22

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le mouvement de descente et d’ascension des mers. Les rapports que créent de l’homme à l’homme les douleurs vécues ensemble, les espérances trop longtemps ajournées, la joie de la libération des sens après des siècles d’ascétisme et de compression physique et morale, il appartenait au Moyen Âge occidental de les faire passer dans la forme, pêle-mêle avec une irruption d’enivrements matériels qui établissent entre lui et le Moyen Âge indien une entente obscure et magique. L’Inde brahmanique sentait vivre en elle l’âme du Bouddha comme l’Europe gothique, entraînée par ses besoins sociaux, sentit revivre un siècle en elle, contre les théologiens, contre les conciles, contre les Pères de l’Église l’âme aimante, l’âme artiste et pitoyable de Jésus.

Mais que le réveil de la sensualité des hommes ait pris, comme chez les chrétiens, une allure révolutionnaire, qu’il ait, comme chez les Indiens, trouvé son aliment aussi bien dans la passion morale de Çakia-mouni que dans la fièvre panthéistique de Brahma, qu’il se soit manifesté, contre le spiritualisme islamique lui-même, par l’élan des mosquées berbères, leurs broderies de métal et de bois, le ruissellement de joyaux de la peinture persane, qu’il ait tenté péniblement d’échapper à l’étreinte de l’effroyable cauchemar des Aztèques pour rassembler les lambeaux de la chair qu’on découpait sous leurs yeux, qu’il apparaisse dans la patience des Chinois à rendre viables, au moyen de la forme, les entités où se fixe leur équilibre moral, partout au Moyen Âge les peuples ignorèrent le but réel qu’ils poursuivaient, partout leur conquête de la vie universelle s’accomplit sous le prétexte religieux, toujours avec l’appui de la lettre du dogme, toujours contre son esprit. C’est ce qui donne à l’art du Moyen Âge son accent prodigieux de liberté confuse, sa ruée ivre et féconde dans les champs de la sensation, son insouciance du langage parlé pourvu que ce langage exprime quelque chose, un mélange désordonné de sentiments jaillissant du contact de l’âme avec le monde dans la force nue de l’instinct. La recherche philosophique qui imprime à tout l’art antique son acheminement vers l’harmonie