Page:Faure - Histoire de l’art. L’Art médiéval, 1921.djvu/62

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de dômes bulbeux, temples ou mausolées, qu’elle bâtit encore de nos jours. Le Ramayana parle souvent de « palais dont les faîtes blancs moutonnent en nuages amoncelés ». Même avant que la domination des Grands Mogols, les empereurs tartares, fût venue, au début des temps modernes, imposer à l’Inde septentrionale l’ordre et la paix, le temple du bassin du Gange avait déjà, malgré sa richesse ornementale, un caractère d’équilibre et d’unité abstraite qu’on ne trouve jamais dans le Sud. Le sensualisme des Indiens qui poussait les sculpteurs méridionaux à entrer dans les montagnes germe dans la conscience du Nord en tragédies, en poèmes, en hymnes de verbe et de pierre. Mais si les murs sont plus nus, les formes plus apaisées et plus assises, les silences plus longs et la courbe des dômes plus abstraitement calculée, l’accueil du temple est plus réservé, l’ivresse mystique moins lourde. Dans le Sud, ce qui parlait, c’est l’âme profonde de l’Inde, une rumeur sauvage montant de toute la durée d’un peuple pour éclater spontanément sur toute son étendue. Ici, la voix des hautes castes domine les chœurs populaires avec d’autant plus d’éclat, de majesté et de puissance, qu’elles ont poussé sur le sol indien comme une végétation naturelle et qu’elles ont su construire la synthèse philosophique la plus grandiose que l’homme ait jamais conçue.