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ÉPREUVES MATERNELLES

magistrat, irrité par cette résistance dont il ne devinait pas la cause.

Marie était désolée de voir son maître mécontent contre elle. S’il avait pu se douter du désarroi où la plongeait cette course inattendue, il l’eût plainte.

Elle avait fréquenté chez les Hanel alors qu’elle était une mondaine adulée. Ce ménage n’était pas parmi ses préférés. Doué d’une grosse prétention, M. Hanel avait le ton haut et dédaigneux. Sa femme était une orgueilleuse et manquait d’intelligence.

Rien qu’à l’idée de revoir cet homme dans sa suffisance moqueuse, toute l’âme de Denise pantelait d’humiliation. En vain se disait-elle que pour ses enfants et son mari même, elle ne pouvait s’abaisser ainsi, mais sa conscience lui criait que c’était sa propre fierté qui aurait cruellement souffert.

Quelle horrible épreuve, c’eût été pour elle, si M. Hanel la reconnaissant, lui avait manifesté un étonnement narquois ? Quelle aubaine pour ce mondain que de colporter cette nouvelle.

Vraiment, elle ne devait pas tenter cet essai, et quitte à paraître une femme au caractère extraordinaire, elle se voyait contrainte à refuser ce service.

M. Rougeard n’insista pas. Il ne sut pas à quel sentiment il obéit. Il comprit sans définir par quelle intuition que Denise avait des raisons valables pour se dérober.

Cependant, il ne put cacher cette circonstance à sa femme et lui narra l’incident.

— Elle a refusé net ? questionna Mme Rougeard scandalisée en tant que maîtresse de maison.

— Non, mais elle était si visiblement embarrassée en cherchant une défaite qu’il fallait la secourir en l’aidant.

— Moi, à ta place, je l’aurais laissée trouver un prétexte, cela nous aurait peut-être éclairés.

— J’en doute. Je puis d’ailleurs, reprendre l’interrogatoire quand je le voudrai. Mais pourquoi forcer cette femme à nous dire ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas dire ? Elle est honnête, correcte, laissons son passé. L’avenir nous le révélera peut-être.

— C’est possible, mais en attendant, on vit dans une ambiance imprécise qui m’irrite parfois, j’aime savoir à qui j’ai affaire.