Page:Fiel - Épreuves maternelles, 1930.djvu/6

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Il n’était qu’intimidé par le monde où il entrait et sa bonté était une générosité facile qui servait ses intérêts commerciaux. Il combla Denise. Les attentions nombreuses dont il l’entourait, la touchèrent tellement qu’elle fut convaincue que cet homme l’aimait et qu’elle serait heureuse. Son cruel isolement lui faisait désirer un refuge. Son chagrin était si profond qu’elle cherchait dans le mariage une sécurité. Elle était habituée de par la situation de son père, grand fonctionnaire, à un train de vie confortable. Elle savait que les mariages riches sont rares. Les dix-huit ans de différence entre elle et son fiancé ne l’épouvantaient pas, au milieu de la crise d’isolement qu’elle traversait.

Ne plus penser, avoir un intérieur, ne pas être préoccupée de l’avenir, vivre sans le souci du lendemain, lui semblait le comble du bonheur.

Elle avait un frère de dix ans plus âgé qu’elle, parti comme missionnaire dans le Nord du Canada. Elle ne pouvait guère compter sur lui qui se dévouait au loin pour le salut des autres.

Pieuse, on l’avait prévenue que Paul Domanet manquait de piété. Elle ne s’arrêta pas à cette confidence, pensant ramener son mari à des sentiments religieux. Elle savait que les hommes d’affaires négligent leur salut, trop préoccupés qu’ils sont de leurs intérêts matériels. Elle envisagea comme but de ramener son mari dans le bon chemin.

Elle avait essayé de parler religion avec son fiancé et il avait semblé l’approuver. Il lui disait qu’il avait été enfant de chœur dans sa jeunesse. Il lui racontait alors quelque tour d’enfant joué à un vieux prêtre. La faute était vénielle quoiqu’elle manquât de respect, mais les bons prêtres savent qu’il faut pardonner à cet âge sans pitié.

Ces confidences laissaient un malaise à Denise dont le cœur était délicat. Son enfance bien élevée était gênée rétrospectivement par l’aveu de ce jeune garçon sans égards pour l’âge du prêtre et son apostolat.

Mais Paul Domanet ne remarquait pas ces nuances. Il se mariait par vanité et son orgueil satisfait l’aveuglait. Il considérait son mariage comme une affaire voulant se tailler un rang dans la société à coups de luxe et de surprise.