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ÉPREUVES MATERNELLES

gagné son bonheur, sans doute, et Dieu le lui enlevait momentanément. Il fallait le reconquérir avec courage, sans défaillance.

Pendant huit jours qui lui parurent horriblement douloureux et longs, elle courut de boutique en boutique, se renseignant, cherchant à vaincre le sort qui lui était si contraire. Chaque fois qu’elle risquait une demande d’emploi, elle baissait ses prétentions.

On l’accueillait plus ou moins bien, se méfiant de cette jeune femme qui n’avait pas la tournure d’une employée et qui se présentait sans assurance. Elle s’épouvantait de voir son peu d’argent diminuer et elle craignait de ne plus pouvoir rester à l’hôtel, cependant modeste, où elle dormait.

Un jour, le sixième de ses courses, elle était entrée chez un boulanger pour acheter un petit pain. Elle entendit la boulangère se plaindre du départ d’une vendeuse.

Denise s’offrit. La boulangère la questionna :

— Vous connaissez la vente ?

— Non… mais je puis m’y mettre.

— Nous avons besoin d’une femme au courant… mais vous rendrez peut-être service… je n’ai pas le temps d’attendre… D’ailleurs, vous ne resterez que trois semaines.

Denise respira soulagée.

Quand elle fut au travail, elle s’informa d’une chambre à louer dans la maison, et la boulangère lui indiqua une mansarde dans la rue voisine. Denise s’y rendit le soir.

Quand elle y fut, un découragement affreux la saisit. Elle était atteinte dans sa fierté, dans sa distinction de femme. Habituée au bien-être, au luxe, à la beauté du cadre, elle frissonnait de dégoût de se voir dans ce quartier populeux. Qui avait habité cette chambre sordide où le lit n’était qu’un grabat, où la lumière arrivait par un vasistas ?

Tant qu’elle cherchait un gagne-pain, l’action et l’espoir la soutenaient, mais quand elle vit son destin fixé d’une façon aussi misérable, elle pleura presque toute la nuit.

Est-ce donc ainsi que son rêve de jeunesse devait finir ?

Le matin, elle fut plus vaillante. Sa chambre lui