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ÉPREUVES MATERNELLES

parut plus hospitalière. Elle était propre, ce que la veille, elle n’avait pas su voir.

Quand, à l’heure dite, elle prit son service, un peu plus d’énergie l’animait. Elle apprit vite la manière de recevoir les clients et son air aimable plut beaucoup à la boulangère.

La clientèle, séduite par sa grâce, s’adressait plus volontiers à elle.

Pendant trois semaines, elle fut relativement heureuse. Elle connut la vie des simples, sans complications comme sans loisirs. Chaque heure amenait son travail et la journée terminée appelait le repos impérieux qui donnait le sommeil sans rêves.

Certaines conversations étaient bannies ; celle qui traitait des modes nouvelles, des fourrures de prix, des bijoux merveilleux ; celle qui évoquait les beaux voyages, les croisières, les stations dans les sites à la mode ; celle des scandales mondains. Denise apprenait à connaître l’âme populaire, cette âme faite d’impulsion qui redresse d’un coup de langue l’homme impoli, et qui fond de pitié devant la misère et l’infortune.

La jeune femme s’émouvait de surprise devant le beau geste d’une midinette qui partageait avec une sœur d’atelier ; devant l’entr’aide d’un commis vis-à-vis d’un vieil ouvrier. Tout s’accomplissait sans paroles, sans ostentation, avec le cœur.

On donnait, on aidait presque en se cachant, sans attendre de merci.

Mais Denise éprouva une forte déception quand il lui fallut céder sa place. Elle s’était leurrée de l’espoir qu’on la garderait, mais celle qu’elle remplaçait était une mère de quatre enfants.

La patronne éprouvait quelque regret à se séparer de Denise, mais son personnel étant au complet, elle ne pouvait agir autrement. Elle lui promit de la placer, mais Denise ne pouvait attendre. Dé nouveau, elle arpenta les rues pour trouver une situation modeste.

Lasse, elle perdit cette allure des gens bien portants. Ses pieds irrités la dirigeaient mal, et souvent, elle s’asseyait sur un banc pour se reposer. Elle se nourrissait sommairement parce que son pécule diminuait.

Ne sachant plus ce qu’étaient devenus son mari