Page:Fiel - Armelle devant son vainqueur, paru dans l'Ouest-Éclair du 3 septembre au 10 octobre 1937.djvu/15

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

les hauts taillis dépassaient le mur d’enceinte. Des arbres d’essences diverses se voyaient, élançant leurs fûts au-dessus des plants fruitiers environnants. Ce n’était plus un potager agrémenté de fleurs où le côté pratique l’emportait sur le côté agréable, mais une forêt en miniature où l’on s’était plu à varier les espèces.

Le parfum des seringats flottait dans la brise lente. Les cytises laissaient pendre leurs grappes jaunes, les marronniers roses imposaient leur masse et le superbe tulipier trapu voisinait avec le cèdre bleu.

— Quelle merveille ! murmura le jeune homme. Il passait devant une petite porte de ce parc attirant.

Alors qu’il s’en rapprochait, elle s’ouvrit pour donner passage à une jeune fille idéalement belle, d’une beauté plus anglaise que française, si l’on en jugeait par les boucles blondes au ton de chanvre, par les yeux d’un bleu violet et la bouche purpurine qui tranchait sur le teint de lis.

Un lévrier blanc tacheté de noir l’accompagnait.

Elle vit le passant, le toisa d’un air hautain. Ses sourcils se froncèrent et elle recula.

Le lévrier bondit vers l’inconnu. Elle le rappela d’une voix métallique :

— Agal ! ici…

Trop tard. Le chien avait mordu légèrement le doigt du jeune homme. Celui-ci secoua sa main, chercha posément son mouchoir, et étancha la gouttelette de sang, tandis que la jeune fille, sans un mot, le regardait faire.

Il la contemplait. Une telle attitude déroutait ses notions sur la politesse.

Il la comparait involontairement à celles qu’il avait vues l’après-midi, et un sourire se jouait sur ses lèvres. Sans