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AUTOUR D’UN CANDIDAT

discontinuer, je promets tout ce qu’on me demande… Regardez… le chemin de fer doit s’arrêter ici… là… encore ici… Un marché doit être ouvert ici… une foire doit avoir lieu là… une fontaine, deux fontaines… là… un abreuvoir, ici… l’électricité, là… un puits, ici… une église, là… un prêtre, ici… un instituteur adjoint, là… et j’en passe !…

Alfred paraissait insensible à cette énumération. Il répondit :

— Tout cela n’est rien… vous aurez du temps… vous viendrez à bout des fontaines et des foires… Si vous étiez à ma place, ce serait beaucoup plus triste…

— Que vous arrive-t-il donc ?

— Ah ! mon ami, maman veut me marier…

— Cela vous ennuie ?

— Je n’aime que l’indépendance…

— Mais la femme qu’on vous destine est peut-être aimable et vous serez un beau papillon qu’elle épinglera sur une planchette… et vous serez content d’avoir vos ailes clouées…

— Hélas ! la femme que maman veut que j’épouse ne tient pas à se marier… C’est une sainte que je vénère…

— C’est Jeanne de Fèvres ?

— Vous l’avez deviné… je vois qu’on ne peut rien vous cacher…

— Mon sens divinatoire n’a aucun mérite… Il n’y a qu’une jeune fille sur la terre comme celle que vous décriviez, c’est Jeanne… J’avoue que moi non plus je n’aurais pensé une minute à l’épouser…

— Vous me faites du bien… je vais aller dire cela à maman…