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l’ombre s’efface

Le rouge de la honte couvrit mon visage et je me repentis amèrement d’être venue.

Tout à coup, la femme changea de ton et une dou­ceur la caractérisa. Sans doute une excellente idée venait de surgir dans son cerveau, et elle repartit :

— Mon défunt m’a montré une fois un papier où vot’ nom est inscrit. Je l’ai là, dans un tiroir.

— Oh ! donnez-le-moi ! dis-je impétueusement.

— Tout doux, ma belle ! C’est un papier qui vaut cher.

Ses yeux étaient dardés sur mon visage, ainsi que deux aiguilles étincelantes.

Je compris que le chantage classique allait com­mencer et je questionnai durement :

— Combien ?

Elle jeta un prix qu’elle crut énorme, mais qui me sembla bien mesquin à côté des gains que j’avais eus et surtout en comparaison des revenus de mon mari.

— Mille francs !

Je les avais dans mon sac et ce billet ne me coûta pas à donner. Elle le saisit avidement et je remarquai une ombre sur ses traits. Elle regrettait de n’avoir pas demandé davantage.

Cependant elle s’exécuta. Elle alla vers l’armoire que je connaissais bien et, d’une boîte de bois blanc, elle retira un papier qu’elle me tendit.

Je le pris et le contemplai. C’était une feuille arra­chée à un agenda, et le nom Christine écrit au crayon. Mon cœur battait en l’examinant.

C’était donc là tout ce que je possédais de ma famille ? J’étudiai l’écriture, essayant de découvrir si elle était d’un homme ou d’une femme. Était-ce ma mère qui avait tracé ce fier C majuscule, ou mon père ? La dernière lettre était à peine formée comme par une main affaiblie ou pressée d’en finir.

Je sentis que Mme Nébol me scrutait de son regard aigu et j’interrompis ma contemplation. Je serrai le précieux papier dans mon sac et je franchis ce seuil, pendant que j’entendais :

— On vous reverra ?

Elle pensait sans doute que chacune de mes visites lui rapporterait mille francs.

Je rentrai chez moi avec un peu de mélancolie,