Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/27

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Elle devait savoir… Gérard imaginait la scène. M. Laslay ému, Denise en pleurs. Sans doute lui en voulait-elle de fuir comme un malfaiteur sans la revoir… Mais il avait confiance dans la bonté du professeur qui saurait prendre sa défense.

Ses bagages étaient terminés. Il s’assit, se demandant ce qu’il allait faire jusqu’au moment du départ. Il alluma une cigarette, prit un journal, puis le rejeta. Trop préoccupé, il ne pouvait lire.

Il entendit que l’on frappait à sa porte. Ce fut Marcel Laslay qui entra :

— Mon cher garçon, s’écria le visiteur d’une façon tout américaine, je ne veux pas vous laisser partir sans vous revoir… Je me suis donné congé pour vous accompagner au bateau… Il y a des jours où il ne fait pas bon être seul...

— Comme vous êtes aimable, mon cher Marcel, et comme je vous remercie.

Gérard, repris par l’habitude, parlait en homme du monde qui cache son souci devant un étranger. Cette maîtrise de soi enchanta Marcel et il dit :

— Je m’aperçois que vous êtes courageux…

Le fils du banquier n’eut pas plus tôt entendu ces mots qu’il regarda son compagnon avec des yeux si mélancoliques, que Marcel jugea que cette belle énergie n’était qu’en surface. Il se félicita doublement d’être venu. D’ailleurs, il comprenait fort bien que son ami pût être accablé par de tels événements. Gérard était atteint dans sa richesse et dans son cœur.

Il dit gaiement à dessein :

— Bah ! ne vous désolez pas, mon cher… Les affaires d’argent s’arrangent… Les fortunes se font et se défont, il ne faut pas y attacher plus d’importance que cela ne vaut…

— Évidemment, répliqua Gérard, la voix enrouée par l’émotion, mais il faut que je m’y accoutume… puis, je ne suis pas seul à subir ce retour des choses : il y a mon père…

— Eh ! n’avez-vous pas toujours dit que M. Manaut était un lutteur ?

— Certes, je le pense… mais le coup a dû être rude… et il me tarde d’être auprès de lui…

— Je comprends ce désir… et je vois avec plaisir que vous testez le cher garçon qui nous est si sympathique…

— Oh ! ne me faites pas meilleur que je ne suis !… Je regrette ma richesse parce qu’elle me donnait trop d’occasions de créer des heureux… Cela me désole de n’avoir plus ces joies…

— Cher garçon, il ne faut pas que ce soit toujours votre tour de semer du bonheur… C’est une grande récompense, croyez-le, de pouvoir faire plaisir… Or, vous, cher Gérard, vous répandiez tout ce bien sans avoir mérité de le faire par votre travail…