Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/37

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Non, Gérard ne le savait pas. Il n’avait jamais compté. Son père lui donnait chaque mois son argent de poche et s’occupait de la dépense de la maison. Quand le jeune homme désirait une somme un peu plus forte, pour un voyage ou une bonne œuvre, il demandait un surplus qui était toujours accordé. Il constatait aujourd’hui dans quelle ignorance il avait vécu, touchant des questions aussi importantes.

La réflexion de son père le décontenança. Il sentit toute la futilité de sa vie et l’insouciance qui le caractérisait.

Il dit, s’efforçant d’être gai :

— Je vais apprendre tout cela ! Il est grand temps que je change ! Je vais connaître le prix des choses et le mal que l’on a pour les gagner…

— Mon pauvre enfant !… répéta le père ému.

— Ne nous attendrissons pas. Je suis un homme et je dois accomplir mon devoir. Je suis solide, Dieu merci, et j’arriverai bien à triompher de la vie ! Pour le moment, je vais voir ma chambre. Est-ce cette porte ?

— Non, celle-là est a mienne. La tienne est là.

Le jeune homme pénétra dans la pièce désignée. Il y vit, accroché, le portrait de sa mère. Il en eut comme un choc et il lui semblait qu’il prenait seulement possession de ce logis. Jusqu’alors, il ne réalisait pas encore pleinement le changement de situation, gardant comme en un rêve le cadre de la vie passée. De voir transportés entre ces quatre murs misérables quelques débris de l’ancienne splendeur le plongeait brusquement dans la vérité.

Il sentit une fois de plus que le présent était irrémédiable et qu’il fallait le supporter.

Il n’avait pas pris ses malles avec lui, inspiré par quelque pressentiment. Il se demanda comment elles pourraient tenir dans ces pièces exiguës. Il en comprit l’impossibilité et se dit qu’il lui faudrait rapporter ses affaires par séries. Il serait la risée du concierge et des locataires, si on voyait décharger là ses deux malles de luxe.

Il faillit se laisser aller de nouveau à un accès de désespoir, mais il se domina. Il ne pouvait cependant pas se laisser étreindre par le découragement devant son père…

Il rangea dans ses tiroirs les différents objets retirés de sa mallette. Comme le logement était petit, il conversait avec M. Manaut tout en procédant à l’ordonnance de sa chambre. Rageusement, il jeta sur son lit de fer son élégant pyjama de soie. Il se dit intérieurement que la flanelle serait beaucoup mieux dans ce logis et il se promit d’en acheter un autre au plus tôt.

Enfin, il revint près de son père en demandant :