Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/45

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— De M. Gérard Manaut…

Le jeune homme patienta. Au bout d’un quart d’heure qu’il trouva long, on l’introduisit dans un bureau spacieux et confortable.

— Bonjour, cher Monsieur…

Gérard s’avançait, dégagé.

M. Laboral, grisonnant, lui tendit une main molle.

— Qu’y a-t-il pour votre service, Gérard ?

Depuis longtemps, l’industriel connaissait les Manaut. Son fils avait été camarade de collège de Gérard. Il connaissait leur ruine, naturellement, et se tenait sur la réserve.

— Mon Dieu, cher Monsieur, je viens pour une requête. L’attitude de M. Laboral se figea davantage. Il allait sans doute être question d’un emprunt, et par les temps actuels, chacun a besoin de ses disponibilités. L’industriel n’était pas un altruiste. Il répliqua d’un air froid :

— À quel sujet puis-je vous être utile ?

Gérard se sentait peu encouragé, mais il ne perdit pas son sang-froid et demanda :

— N’auriez-vous pas une situation pour moi dans votre affaire ?

Le visage de son interlocuteur s’éclaira. Si ce n’était que cela, la réponse devenait plus facile.

L’industriel reprit un aspect naturel, avec une nuance protectrice.

Gérard nota cet air qu’il n’avait jamais remarqué quand il était encore le fils du banquier richissime.

— Mon jeune ami, dans les affaires il me faut des agents expérimentés. Vous comprendrez aisément que je ne puis vous donner des appointements sérieux que si vous me fournissez un travail sérieux… Or, votre passé n’a pas été utilisé d’une manière efficace… Quelles sont vos capacités ?… je les ignore… Vos preuves ?… je les attends…

Sur ces paroles, M. Laboral se renversa dans son fauteuil, ajusta son lorgnon, croisa ses jambes, et regarda, les sourcils levés, le malheureux candidat. Ce dernier soutint le rayon de cette omnipotence et répliqua :

— Monsieur, je n’ai aucune prétention… Je suppose que je saurai m’adapter à l’emploi que vous voudrez bien me désigner…

— Il me faut connaître vos aptitudes…

— Je les ignore moi-même, n’y ayant jamais attaché d’importance…

— Il faudrait tout prévoir, dit d’un ton doctoral le puissant industriel… Savez-vous démonter une automobile et la remonter ?

— C’est un métier de mécanicien…