Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/6

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naît une grosse entreprise, et aujourd’hui ce n’est qu’une simple course, murmura le P. Archime en songeant aux évangélisations dont il était revenu à grand’peine.

— Dans tous les cas, reprit M. Manaut, ce sera pour toi une occasion de voir du nouveau encore une fois.

— Quelle sera ma mission en Amérique ? s’enquit Gérard.

— Je voudrais que tu puisses te perfectionner dans la langue, d’abord, puis que tu t’assimiles le côté pratique de nos alliés… En conséquence, tu auras à passer quelques heures dans le bureau d’un de mes correspondants, où tu t’initieras aux manières américaines… Cependant, si tu languissais loin de la « doulce France », je te donnerais une lettre d’introduction pour un de mes camarades de collège qui est professeur de français là-bas… C’est mon vieil ami Laslay que je n’ai pas vu depuis vingt ans… Nous nous écrivons peu, mais nous savons que nos cœurs restent fidèles…

— Tout est prévu, posa le P. Archime en riant.

— Sauf l’imprévu ! riposta gaiement M. Manaut.

Les trois hommes se séparèrent quelques instants après. L’ancien missionnaire ne veillait jamais tard. Il se levait de grand matin pour courir chez les malades qu’il réconfortait. Dans ce quartier populeux qu’il habitait, chacun le connaissait. Les ouvriers qui se rendaient à leur travail le saluaient d’un joyeux bonjour ; les ménagères qui partaient aux provisions l’arrêtaient pour lui raconter leurs misères, et les enfants lui criaient gaiement leur joie de le rencontrer. Ils regardaient aussi si ses mains allaient vers ses poches, souvent garnies de bonbons à leur intention.

Gérard rentra dans sa chambre après avoir échangé encore quelques mots sur ce voyage avec son père.

Il parlait assez bien l’anglais, mais n’était pas fâché de l’américaniser dans le pays même. Ses goûts étaient simples et il les croyait modestes. Il ne savait pas ce qu’est la médiocrité, ne l’ayant jamais connue. Accoutumé à tout le confort possible, il s’imaginait volontiers qu’il pourrait se passer de bien des choses. Mais il ne s’était jamais mis à l’épreuve. Il était bon et scrupuleux et ravissait le P. Archime par une conscience qu’il voulait nette et limpide.

C’était, pour l’ancien missionnaire, un fils d’élection. Il priait Dieu de lui épargner les épreuves, bien que celles-ci parussent fort éloignées de lui. Tout souriait à Gérard. Les relations qu’il possédait l’aimaient. Cependant, il n’avait pas d’amis intimes, ayant toujours vécu proche de son père. Ses camarades de classe étaient dispersés par la vie. Puis, à Paris, les occupations sont absorbantes, les courses longues.

Il n’avait donc personne à prévenir de son départ. Le lende-