Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/65

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Mathilde, et il écouta les éloges que son père faisait d’elle chaque fois qu’elle s’absentait pour les nécessités du service.

— Je suis à mon aise, Manaut, mais mes filles sont élevées comme si je n’étais pas riche… Mathilde sait tout faire… Ce sera une fameuse femme d’intérieur, ménage, robes, lessives, lien ne l’embarrasse.

— C’est très appréciable, murmurait Gérard ne sachant que répondre.

Il se remémorait la médiocrité des Laslay. Il n’ignorait pas que toutes les besognes étaient assumées par la mère et les filles… Mais que de discrétion dans ces humbles travaux ! Que d’élégance dans les attitudes ! Quelle observance des lois mondaines !

Involontairement, le jeune homme établissait une comparaison et l’avantage ne restait pas à Mathilde, toute gracieuse qu’elle fût.

Pourtant, il s’ingéniait à ne pas laisser percer ses intentions de refus, ne voulant pas jeter à bas, d’un seul coup, le rêve du brave père.

Ce dernier tentait d’obtenir quelques renseignements sur le passé de son ouvrier et sur celui de M. Manaut. Gérard éludait les questions non sans art.

— Dans quelle partie travaille-t-il, votre papa ?

C’étaient les termes simples du langage populaire. Mais, mal accoutumé encore à ce parler familier, Gérard ne put répondre tout de suite.

Il se disait que jamais il ne pourrait passer toute une existence à entendre ce manque d’élégance.

— Pour le moment, mon père ne travaille pas… Il s’est cassé ta jambe…

— Accident du travail, sans doute ?… Il y a l’assurance…

L’entretien ne pouvait être continu. Les allées et venues de Mathilde, ses reparties, l’interrompaient. Le patron ne pouvait donc le mener à sa guise.

Mathilde s’écria :

— Ouf !… voici les tasses débarrassées… Quel tintouin que cette vaisselle à ranger après tous les repas !… Bah ! c’est la vie !… Demain, je ferai la lessive…

Bodrot, fièrement, regardait sa fille, puis reportait scs yeux fur Gérard avec un air de dire :

— Vous voyez que mes filles ne sont pas des paresseuses…

Les deux jumelles étaient à un patronage, ce qu’expliqua longuement le serrurier en insistant sur le bien qu’opéraient ces réunions. Les jeunes filles s’y distrayaient tout en s’instruisant.

Puis, le père Bodrot renouvela une question sur la famille de