Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à l’œuvre… Avant de vous dire « oui » tout à fait, j’irai chez vos parents, voir comment vous vous comportez avec eux…

Ayant dit, Mathilde eut un sourire si charmant que Germain Plit, qui avait eu peur, se sentit entraîné dans un vertige tel, que seule subsistait devant ses yeux la personne de Mathilde avec son charme.

Sa personnalité se transformait déjà. Il subissait déjà l’influence de l’énergique jeune fille. Il s’ingénia à se montrer doux, il surveilla ses gestes et il fut prévenant pour le patron Bodrot, parce qu’il ne se risquait pas encore à l’être pour Mathilde.

Involontairement, sa pensée allait vers Gérard. Il essayait de se rappeler ses phrases et ses manières. Il le copiait inconsciemment et tout bas il se disait : Mathilde veut sans doute que je ressemble à un homme bien élevé, et Manaut, je le comprends maintenant, est un homme bien élevé.

Quand il sortit de chez les Bodrot, Germain marchait sur la pointe des pieds et ouatait sa voix. Peu habitué à cette attitude réservée, il l’exagérait. Mais il reprit assez rapidement ses façons normales tout en rêvant de les adoucir. Et pour cela, il songea tout naturellement à fréquenter davantage le jeune Manaut. Toute sa rancune contre lui tombait. Il serait, au contraire, un compagnon inespéré avec qui ses habitudes pourraient se bonifier. Mathilde serait contente de s’apercevoir qu’il cherchait à se perfectionner.

Durant le trajet qui le ramenait chez lui, car Plit ne se sentait plus du tout le désir de se promener ou de faire une partie de billard pour terminer l’après-midi, il pensa aussi à sa mère. Bien ne rapproche un fils de sa mère comme le futur mariage de celui qui veut fonder son foyer.

Pour la première fois, l’esprit de Germain Plit s’appesantit sur le sort de la femme de l’ouvrier, de celle digne de ce nom, de celle qui assume la dure tâche d’être la compagne du travailleur. Elever ses enfants, entretenir la maison, le linge et les vêtements, cuire les aliments et soigner ceux qui sont malades, voilà son lot.

— Quand donc s’arrête-t-elle de travailler ?… se demandait soudain Germain.

Une voix intime lui répondait : jamais. Le dimanche, il faut réparer les quelques points qui manqueraient aux habits de travail pour le lundi. Pour celle qui a la chance d’avoir des filles, elle peut se faire aider, mais celles qui n’ont que des garçons ?

Germain Plit, au temps de son adolescence, en voulait parfois à sa mère quand elle refusait parfois le dimanche de se promener avec eux. Elle alléguait sa lassitude. Germain lui répondait qu’elle y apportait de la mauvaise volonté.